L’immunothérapie élimine le cancer d’un policier

Ian McDonell family

Ian McDonell n’était pas de service et marchait le long d’un sentier de vélo lorsqu’il a aperçu des hommes en pleine bagarre. Il a appelé la police et a plaqué au sol l’un des combattants, qui tentait de s’enfuir. Ce geste courageux est d’autant plus remarquable que, un an plus tôt, Ian était cloué au lit par le cancer.

« J’ai pensé à l’année précédente, raconte Ian, et jamais je n’aurais pu être dehors à faire une promenade. »

Cinq ans auparavant, le frère de Ian était mourant, atteint d’un mélanome, et son père venait d’être emporté par le cancer. L’épouse de Ian a insisté pour qu’il fasse examiner par un médecin un grain de beauté qu’il avait dans le dos. Il s’agissait d’un mélanome malin nodulaire ulcéreux – une forme agressive de cancer de la peau.

Ian a subi une chirurgie pour l’exciser, ainsi qu’un ganglion lymphatique dans l’aine gauche. Plusieurs semaines plus tard, on lui a retiré un ganglion lymphatique dans l’aisselle. Même s’il n’y avait plus aucune trace de cancer, compte tenu de ses antécédents familiaux, le risque de récidive que courait Ian était élevé.

Ce sergent-chef de la Police d’Ottawa, âgé de 47 ans, a été aiguillé vers le Dr Michael Ong, un oncologue spécialisé dans les cancers de la peau et urologiques à L’Hôpital d’Ottawa. Après avoir discuté de l’ensemble des options, le Dr Ong a recommandé à Ian de participer à un essai clinique fondé sur une chimiothérapie ciblée, reconnue pour sa capacité à faire régresser fortement les mélanomes et mise à l’essai dans le but d’améliorer les taux de guérison.

Ian a suivi ce traitement entre novembre 2013 et août 2014, tout en continuant à travailler à temps plein; après le traitement, il a continué à passer des examens d’imagerie réguliers et intensifs destinés au dépistage de toute récidive. Il se sentait bien lorsqu’il s’est rendu à son rendez-vous normal en juin 2017, mais la tomodensitométrie et l’imagerie par résonance magnétique (IRM) l’ont confronté à une dure réalité. Il avait une demi-douzaine de tumeurs dans l’aine et l’abdomen, ainsi que trois tumeurs avec métastases au cerveau. Son cancer en était au stade 4. Normalement, les patients ayant des métastases au cerveau n’ont plus que quatre mois à vivre.

Compte tenu de la gravité de la situation, le Dr Ong a recommandé une approche énergique : une immunothérapie récemment approuvée.

« L’idée de l’immunothérapie n’est pas nouvelle. Cette méthode fait l’objet d’essais cliniques depuis des décennies. Mais ce n’est que récemment que nous avons connu un succès retentissant », explique le Dr Ong, qui est également professeur adjoint à l’Université d’Ottawa.

Le lien entre le système immunitaire et le cancer est reconnu depuis plus d’un siècle. Cependant, comprendre la façon dont le système immunitaire lutte contre le cancer a été le principal défi des scientifiques.

Dans un premier temps, on a tenté de stimuler le système immunitaire afin qu’il attaque le cancer. Ce qui a changé la donne a été la découverte de molécules clés, appelées points de contrôle du système immunitaire, des cellules cancéreuses qui suppriment les cellules immunitaires T, et les empêchent de s’attaquer au cancer. Ces points de contrôle dissimulent le cancer au système immunitaire. De nouveaux médicaments, appelés anticorps inhibiteurs de points de contrôle du système immunitaire, lèvent le voile et permettent au système immunitaire de s’attaquer naturellement au cancer et de le détruire.

« Le but de la chimiothérapie est de tuer directement le cancer, explique le Dr Ong. Cela peut entraîner des effets secondaires, parce que la chimiothérapie tente d’empoisonner le cancer. En revanche, elle Ian McDonellne touche pas le cancer directement. Elle le révèle plutôt au système immunitaire en activant des interrupteurs des cellules T, et le système immunitaire de l’organisme fait le reste. »

L’immunothérapie fonctionne particulièrement bien chez les patients atteints d’un mélanome, comme Ian. Le premier essai qui a révélé cette efficacité sur ce type de cancer de la peau a été présenté à un congrès sur l’oncologie à Chicago en 2010. Les résultats de cet essai ont montré que l’amélioration médiane de la durée de la survie était de quatre mois. Selon le Dr Ong, au départ, les conclusions ne semblaient pas très impressionnantes.

« Ce n’était qu’un autre rapport d’essai clinique, et quatre mois, cela ne paraissait pas très long, précise le Dr Ong. Cependant, l’amélioration rapportée était la médiane. Nous avons constaté plus tard seulement que, bien que l’immunothérapie ne fonctionne pas chez 80 % des patients, 20 % d’entre eux étaient guéris de leur mélanome métastatique. Lorsque les données étaient considérées sur une période de 10 ans, tous les patients qui avaient répondu au traitement étaient toujours en vie. »

Depuis, des immunothérapies ont été mises au point et ont fait l’objet d’essais cliniques, ce qui a fait passer le taux de survie après un an de 25 à 80 % dans le cas de mélanomes avancés.

Ian a commencé par recevoir une combinaison de deux immunothérapies, une importante percée depuis 2010, récemment approuvée par Santé Canada. Il a raconté que le traitement est donné par voie intraveineuse à l’Unité de chimiothérapie, au Centre de cancérologie de l’Hôpital. Le processus complet prend deux heures par traitement. Ian devait recevoir une dose toutes les trois semaines pour quatre traitements.

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Ian a reçu une dose, puis a suivi une radiothérapie administrée au moyen du système CyberKnife. Des doses élevées de rayonnement ont été dirigées directement sur ses tumeurs au cerveau. Il a bravement continué durant le second cycle d’immunothérapie, mais il était tellement malade qu’il a dû interrompre le traitement. Il a commencé à prendre des médicaments stéroïdiens pour ralentir son système immunitaire. Il s’est alors senti mieux, mais son immunothérapie était en suspens.

Fin septembre, Ian a ressenti une nouvelle faiblesse au visage et craignait que son cancer empire. Ce n’était pas le cas. Les examens ont révélé qu’une tumeur avait rétréci, passant de 25 à 10 mm, tandis que l’autre était passée de 8 à 4 mm.

Le Dr Ong lui a dit : « On dirait qu’il se passe quelque chose de positif. » Il a recommandé à Ian d’essayer une seule immunothérapie plutôt que deux. Ian a reçu ce traitement à la mi-novembre 2017. Encore une fois, il a trouvé cela extrêmement difficile et a été très malade. Tous ses traitements ont été interrompus.

« Mais ça a fonctionné », raconte Ian.

Deux mois plus tard, en janvier 2018, le statut du cancer de Ian a été évalué au moyen d’une tomographie par émission de positons (TEP). Une TEP fonctionne au moyen d’un sucre radioactif qui met en surbrillance colorée les cellules cancéreuses. Aucune couleur n’est apparue lorsque Ian a passé la TEP. L’examen par IRM subséquent n’a révélé aucun signe de tumeurs au cerveau. Elles avaient disparu toutes les trois. Il a passé une tomodensitométrie en avril et en juillet. Les clichés ne montraient rien. Il n’avait plus de tumeurs. Toutes les traces de son cancer avaient disparu.

Durant un rendez-vous après les derniers clichés d’imagerie, le Dr Ong lui a appris que, au moment de leur première rencontre en 2013, les options d’immunothérapie ou cette chimiothérapie ciblée n’étaient pas disponibles. Quatre ans plus tard, grâce aux incroyables percées en immunothérapie, il y avait de l’espoir.

« Au cours des cinq dernières années, nous sommes passés de très médiocres options pour traiter les mélanomes à un grand nombre d’options efficaces. Cela s’explique par le développement de traitements contre le cancer, qui continue à être très rapide, dit le Dr Ong. À L’Hôpital d’Ottawa, nous participons constamment à des essais cliniques qui changent la pratique. La norme de soins évolue sans cesse – comme elle se doit. Nous tentons toujours de repousser les limites des traitements contre le cancer. »

L’Hôpital d’Ottawa est un chef de file en recherche en immunothérapie contre le cancer, tant pour la mise au point de nouveaux traitements que pour les traitements expérimentaux proposés aux patients. Soixante-neuf essais cliniques en immunothérapie contre le cancer sont en cours à l’Hôpital. Cinquante des patients du Dr Ong participent actuellement à de tels essais. Cependant, ils sont des centaines à prendre part à des essais cliniques actifs similaires à L’Hôpital d’Ottawa.

Dr. Michael OngLes personnes atteintes d’un cancer de la peau avec présence de mélanome sont jeunes, âgées de 30 à 50 ans. Un mélanome avec des ganglions lymphatiques est très agressif. Historiquement, 50 % des patients connaîtraient une récidive et la propagation du mélanome. Cependant, les nouveaux traitements, dont l’immunothérapie, diminuent le risque de récidive de 43 à 53 %. À L’Hôpital d’Ottawa, de nombreux patients participent à une étude visant à établir si deux médicaments immunothérapeutiques fonctionnent mieux qu’un seul pour réduire davantage les risques de récidive.

Grâce aux immunothérapies fructueuses, des patients comme Ian sont aux prises avec les problèmes des survivants : vivre sans le cancer.

Ian a constaté qu’il devait repenser à ce qu’il souhaitait faire. Il était en congé de maladie de la Police d’Ottawa depuis août 2017, lorsque son cancer est réapparu.

« Lorsqu’il a été question des examens provinciaux pour les services policiers, je me suis dit que j’allais les passer parce que j’avais un peu d’espoir, maintenant. J’ai passé l’examen pour devenir inspecteur, et je l’ai réussi », raconte Ian.

Grâce à l’immunothérapie, ce père de trois enfants a pu reprendre sa vie et peut maintenant songer à l’avenir et voir sa famille grandir. Il continuera aussi à lutter contre le crime.

L’Hôpital d’Ottawa effectue également de la recherche fondamentale et translationnelle en immunothérapie. Ainsi, le Dr Michele Ardolino a récemment réalisé une percée dans la compréhension de l’immunothérapie, qui devrait permettre à cette approche d’être efficace chez un bien plus grand nombre de personnes atteintes du cancer.

Pour en savoir plus sur la recherche en immunothérapie, cliquer ici.

Étant donné qu’il est démontré que la recherche est la meilleure façon d’améliorer les traitements et de trouver des remèdes contre le cancer et des maladies dévastatrices, L’Hôpital d’Ottawa amasse des fonds pour des essais cliniques.

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