La thérapie par lymphocytes T à CAR redonne de l’espoir, quand les traitements traditionnels n’y parviennent pas

Stefany Dupont

L’Hôpital d’Ottawa prévoit lancer des essais cliniques avec une thérapie révolutionnaire pour les patients atteints de cancer du sang qui sont à court d’options.

Stefany Dupont assise, les jambes croisées, sur le lit d’hôpital branchée à une machine IV.

« Je viens tous les mois pour recevoir de l’immunoglobuline – c’est un stimulant du système immunitaire parce que le traitement que j’ai reçu en septembre dernier, appelé thérapie par lymphocytes T à CAR, est très nouveau et très prometteur, a déclaré Stefany. Mais le seul effet secondaire pour moi c’est que j’ai besoin de cette immunoglobuline parce que toutes mes cellules B saines [qui génèrent les anticorps qui servent à combattre les infections] ont été supprimées. »

La jeune femme de 22 ans a eu son premier diagnostic de leucémie aiguë lymphoblastique (LAL) à l’âge de 13 ans.

Les enfants atteints de leucémie sont soumis à un protocole de chimiothérapie strict qui guérit efficacement plus de 90 % des patients. Malheureusement, ce n’était pas le cas pour Stefany.

Cela faisait cinq ans qu’elle était en rémission, mais en 2010, sa leucémie a récidivé. Elle était alors âgée de 18 ans et elle a commencé à suivre son traitement à L’Hôpital d’Ottawa. Un protocole de chimiothérapie a été suivi, en octobre 2015, d’une greffe de cellules souches hématopoïétique provenant de la moelle osseuse. Stefany a toutefois eu une autre rechute un an et demi plus tard. Les adultes atteints de leucémie qui rechutent après une greffe ont moins de 10 % de chances de survie.

« Stefany a eu la malchance de rechuter dans les deux ans qui ont suivi la greffe, a déclaré la Dre Jill Fulcher », médecin de Stefany, spécialisée en hématologie maligne, et clinicienne-chercheuse à L’Hôpital d’Ottawa. « Mais sa leucémie est revenue avec une crise blastique, et Stefany était très malade. Le traitement palliatif était tout ce que nous avions à offrir aux patients atteints de LAL qui ont rechuté si tôt après la greffe. »

Dre. Natasha Kekre

La Dre Fulcher et sa consœur, la Dre Natasha Kekre, hématologue, scientifique adjointe à L’Hôpital d’Ottawa et professeure adjointe à l’Université d’Ottawa, savaient que des essais cliniques sur l’immunothérapie par les lymphocytes T à CAR avaient eu des résultats remarquables chez de nombreux enfants et adolescents atteints de leucémie et de cancers du sang en leur permettant une rémission durable.

Le succès de ces essais a incité la Food and Drug Administration des États-Unis à approuver deux thérapies par lymphocytes T à CAR : l’une en août et l’autre octobre 2017. Le traitement n’ayant pas encore été homologué par Santé Canada, il n’est pas (encore) offert au Canada.

Cependant, il y avait possibilité de traitement à l’aide de la thérapie par lymphocytes T à CAR à l’Hôpital pour enfants de Philadelphie, où les essais cliniques avaient été réalisés avec un grand succès. L’essai clinique réalisé à l’hôpital acceptait alors encore des patients atteints de LAL jusqu’à l’âge de 25 ans. Stefany y était admissible.

« Cela a été tout un combat pour que Stefany retrouve un état de santé assez bon pour pouvoir se rendre à Philadelphie afin d’y suivre la thérapie par lymphocytes T à CAR. Elle était très malade et nous devions parvenir à maîtriser sa leucémie afin qu’elle se sente assez bien pour pouvoir voyager en toute sécurité », a déclaré la Dre Fulcher, qui est également professeure adjointe à l’Université d’Ottawa.

La thérapie par lymphocytes T à CAR est un traitement relativement nouveau pour les patients atteints de LAL. Elle se sert des cellules immunitaires du patient lui-même, qu’on appelle lymphocytes T, pour traiter le cancer. Les lymphocytes T jouent un rôle essentiel dans le système immunitaire. Ils détruisent les cellules anormales, comme les cellules infectées par les germes ou les cellules cancéreuses.

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Ce traitement consiste à prélever du sang du patient dont on extrait les lymphocytes T. Ces derniers sont ensuite génétiquement modifiés à l’aide de virus inactifs afin de produire des molécules synthétiques à leur surface qu’on appelle récepteur de l’antigène chimérique, ou CAR. Pendant plusieurs semaines, ces lymphocytes T modifiés se multiplient en laboratoire en centaines de millions avant d’être réintroduits dans le sang du patient par transfusion. Les lymphocytes T à CAR se multiplient ensuite dans le corps du patient, puis commencent à reconnaître et à tuer les cellules cancéreuses.

« Nous avons vu des réponses spectaculaires chez les patients qui ont normalement un taux de survie à long terme de 10 à 20 % avec des traitements standard. Le taux de réponse à court terme avec les lymphocytes T à CAR a été de 70 % à 80 %, a déclaré la Dre Kekre. C’est pour cela que Stefany, qui souffrait d’une maladie qui ne disparaissait pas avec la chimiothérapie, a été orientée vers l’essai. »

« La thérapie par lymphocytes T à CAR est très prometteuse, mais elle est encore très récente », a déclaré le Dr Harold Atkins, un hématologue-chercheur qui travaille avec la Dre Kekre à l’introduction des essais sur les lymphocytes T à CAR à L’Hôpital d’Ottawa. « Il faut effectuer d’autres essais cliniques, notamment pour étudier les effets à long terme. »

Dr Atkins et Dre Natasha KekreCependant, les données de l’Hôpital pour enfants de Philadelphie sont prometteuses. Des patients de cet hôpital sont en rémission cinq ans après avoir reçu le traitement. Il est à préciser que les patients qui sont encore en rémission complète à l’étape des six mois sont susceptibles de survivre longtemps.

Stefany a pu aller à Philadelphie et a eu une transfusion de lymphocytes T à CAR en septembre 2017. Lors de son premier examen à trois mois, elle a subi une biopsie de moelle osseuse qui a révélé qu’elle était de nouveau en rémission. C’était une bonne nouvelle qui signifiait que le traitement fonctionnait.

Trois mois plus tard, après avoir eu la confirmation que tout était en ordre et qu’elle était en rémission de sa leucémie, Stefany est partie en Australie. Elle a planifié son voyage entre ses transfusions mensuelles d’immunoglobuline.

« Après le délai d’attente de six mois, je suis allée en Australie, du 10 janvier au 7 février », a déclaré Stefany. Elle a visité Sidney, Brisbane, Melbourne. Elle a fait de la plongée sous-marine à la Grande Barrière et du parapente au-dessus des rives de Byron Bay. Ce fut une pause merveilleuse après le traitement intensif qu’elle avait subi.

« C’est un très bon signe que Stefany soit restée en rémission six mois après la thérapie par lymphocytes T à CAR, a déclaré la Dre Fulcher. Sans ce traitement, elle ne serait sûrement pas parmi nous aujourd’hui. »

Pour les patients, comme Stefany, qui sont extrêmement malades et qui n’ont plus de choix, la thérapie par lymphocytes T à CAR offre de l’espoir, c’est pourquoi la Dre Kekre a la mission d’introduire l’immunothérapie par lymphocytes T à CAR à L’Hôpital d’Ottawa. Un essai dirigé par une société pharmaceutique commencera à recruter des patients à l’Hôpital dans les mois à venir. L’Hôpital d’Ottawa sera l’un des premiers hôpitaux du Canada à participer à ces essais. La thérapie par lymphocytes T à CAR pourrait aussi bientôt être disponible au Canada, en dehors des essais cliniques, puisque Santé Canada devrait homologuer la première version du traitement à l’automne 2018.

Mais ce ne sera encore que le début de l’histoire de la thérapie par lymphocytes T à CAR. Des chercheurs de L’Hôpital d’Ottawa, en collaboration avec des collègues de tout le Canada, ont conçu une version de la thérapie par lymphocytes T à CAR « fabriquée au Canada », qui permettra aux patients canadiens d’accéder aux lymphocytes T à CAR grâce à la science et à l’expertise canadiennes.

« Nous sommes en train d’élaborer notre propre programme canadien de lymphocytes T à CAR. Ces derniers seront légèrement différents de ceux générés aux États-Unis, a déclaré la Dre Kekre. Étant donné qu’ils sont considérés comme étant expérimentaux, ils ne seront disponibles que dans le cadre d’un essai clinique. »

Cet essai pourrait commencer à recruter des patients en 2019. Il sera ouvert à Ottawa et à Vancouver avec des lymphocytes T à CAR générés pour l’essai à Ottawa et à Victoria.

La thérapie par lymphocytes T à CAR doit être fabriquée individuellement pour chaque patient, à partir des propres cellules du patient combinées avec de grandes quantités de virus très pur pour générer le gène CAR. Le Centre de fabrication de produits biothérapeutiques de L’Hôpital d’Ottawa est le mieux placé pour mettre au point ce type de traitement, car il produit déjà des virus pour d’autres types d’essais cliniques menés chez des patients atteints de cancer. Cette installation, mise en place par le Dr John Bell, offre la possibilité de produire les virus nécessaires à la thérapie par lymphocytes T à CAR.

« Grâce à notre installation de fabrication unique, notre expertise en matière d’essais cliniques et nos programmes de lutte contre le cancer et d’hématologie de niveau supérieur, L’Hôpital d’Ottawa est le mieux indiqué pour mettre au point la nouvelle génération de thérapie par lymphocytes T à CAR », a déclaré Rebecca Auer, directrice de la recherche sur le cancer à L’Hôpital d’Ottawa et professeure agrégée à l’Université d’Ottawa.

CAR-T Cells

La Dre Kekre a déclaré que les patients atteints de LAL, de lymphome et d’autres cancers du sang pourraient bénéficier de ce traitement. L’espoir est qu’un jour la thérapie par lymphocytes T à CAR devienne aussi un traitement pour une variété de cancers, comme le cancer du sein et le cancer colorectal, dont les tumeurs sont solides. C’est grâce à des essais cliniques translationnels menés à L’Hôpital d’Ottawa que seront découverts des traitements innovateurs contre d’autres cancers.

Des organismes comme BioCanRx et la Fondation canadienne pour l’innovation, ainsi que le gouvernement de l’Ontario ont appuyé la recherche sur la thérapie par lymphocytes T à CAR que mènent L’Hôpital d’Ottawa et le Centre de fabrication de produits biothérapeutiques, mais il faut des fonds plus importants pour que ce programme devienne réalité.

La Fondation de l’Hôpital d’Ottawa recueille des fonds pour financer les recherches qui révolutionnent les soins que nous prodiguons aux patients.

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