Vivre avec le cancer : mon parcours émotionnel et spirituel

Texte de DonnaJakowec 

Je me rends compte aujourd’hui que mon esprit avait besoin de guérison tout autant que mon corps. Voici quelques temps forts de mon expérience… ainsi que quelques moments moins reluisants. J’en suis ressortie plus forte. 

Mardi 25oct.2016 

J’ai reçu un appel du bureau de mon médecin à propos de la biopsie pratiquée sur mon sein gauche la semaine dernière. Comme Jonathan était à Winnipeg pour affaires, j’y suis allée seule. Mon médecin de famille a prononcé doucement les mots que je craignais. J’ai soudain eu l’impression que je m’enfonçais dans des sables mouvants et que tout le monde me voyait, mais que personne ne pouvait m’aider. En rentrant chez moi, j’ai fondu en larmes. Je répétais à mes enfants : « Maman a le cancer ». 

Mercredi 26oct.2016 

Aujourd’hui, j’ai rencontré le Dr John Lorimer, mon chirurgien. Il a passé beaucoup de temps à répondre à mes questions. Je subirai probablement une simple tumorectomie. Je me suis sentie bien mieux après lui avoir parlé. 

Lundi 7nov.2016 

Rendez-vous avec le DrLorimer. Jonathan m’a accompagnée. J’ai deux tumeurs, ce qui change complètement la donne : une mastectomie est nécessaire. Je serai opérée dans une semaine. Personne n’est au courant. Je n’ai pas annoncé la nouvelle à mes collègues ni au reste de ma famille. Je suis la troisième à qui on diagnostique un cancer du sein, après ma mère et ma sœur, Laura. J’ai l’impression de vivre un cauchemar… Réveillez-moi, quelqu’un! 

Lundi 14nov.2016 

Jour de l’opération. Je n’arrête pas de penser que je vis le cauchemar de Laura. Elle n’a survécu que trois ans. Est-ce que le même sort m’attend? Jonathan n’est pas resté, car il devait préparer les enfants pour l’école. L’intervention s’est bien déroulée. À la maison, j’ai reçu deux gros bouquets de fleurs et des chocolats de Jonathan. 

Mardi 22nov.2016 

Tout le monde était parti – les enfants à l’école, Jonathan au travail. J’ai enlevé mes pansements. Quel choc de me voir un sein en moins! J’ai une grosse cicatrice du sternum à la côte. 

Mardi 29nov.2016 

Rendez-vous avec le DrLorimer pour un suivi. Il m’a remis le rapport de pathologie. Une fois revenue chez moi, je me suis mise à pleurer, car cest évident que ma poitrine est maintenant plate. J’ai commencé à porter les chemises de Jonathan… très amples et relâchées pour que personne ne remarque mon corps difforme. 

Du 1er au 13déc. 

J’ai décidé que les choses resteraient normales pour tout le monde. Nous avons toujours le ski, les cours de musique, le hockey et l’école. Les deux enfants m’ont surprise en train de pleurer à quelques reprises. C’est très bouleversant pour eux. 

Je suis allée m’acheter de nouveaux vêtements et je suis retournée au travail. 

Mercredi 14déc.2016 

Rendez-vous avec mon oncologue, le DrMarkClemons. Jonathan est venu avec moi. Le DrClemons a une attitude très positive. Peut-être bien que tout va s’arranger. Il m’a expliqué le plan d’attaque : comme j’ai un cancer hormonodépendant (je peux dire adieu à mes ovaires), il ne croit pas que la chimiothérapie me convienne. Je serai plutôt traitée par radiothérapie et hormonothérapie. Je ne perdrai pas mes cheveux! Tant mieux, je viens d’aller au salon de coiffure! 

Jeudi 26jan.2017 

Premier jour de radiothérapie. Je recevrai un traitement tous les jours pendant cinq semaines. 

Février 

Je suis allée travailler presque chaque jour durant mon traitement. Je suis fatiguée, c’est sûr, mais j’ai lu qu’un peu d’exercice soulage la fatigue. Je m’entraîne sur ma machine à ramer ou je sors courir quand il fait beau. Les activités des enfants m’occupent. Je ne parle de mon cancer à personne. Je me réveille en pleine nuit et je n’arrive pas à me rendormir. J’ai l’impression que tout cela est un mauvais rêve. 

Lundi 6mars2017 

Dernier jour de radiothérapie. Ma famille était là pour me voir sonner la cloche. Donna and family

Le soir venu, j’ai éprouvé un sentiment d’abandon pour la première fois. C’est comme si j’avais frappé un mur, émotivement parlant. Je me suis mise à paniquer, mais je suis allée me coucher au lieu d’en parler. J’ai passé la moitié de la nuit à pleurer. Je ne me sentais pas guérie. Chaque jour, je pense à ma sœur et à son combat contre le cancer. Rien n’a fonctionné pour elle. J’ai commencé à remettre tout le processus en question. J’ai décidé de courir davantage, car cela m’aide à me sentir mieux. 

Jeudi 16mars2017 

J’ai pris mon premier comprimé de tamoxifène. C’est ça qui est censé me protéger contre le cancer? Le comprimé ne devrait-il pas être plus gros? Il est minuscule! 

Mars et avril2017 

La routine va bon train à la maison. Je ne parle jamais du cancer. Ni Jonathan ni les enfants ne posent de questions. Tout le monde va bien, et c’est en plein ce que je souhaite. J’ai des sentiments de panique et d’anxiété comme je n’en avais jamais ressenti. Je suis angoissée entre les rendez-vous chez le médecin. J’ai l’impression que les consultations sont des « îles » de sécurité et de santé. Mais entre elles, je me sens complètement perdue. C’est comme si j’avais été jetée à l’eau et que je devais nager jusqu’à l’île suivante, sauf que je suis une piètre nageuse. 

Mercredi 3mai2017 

Ovariectomie – c’est aujourd’hui qu’on m’a enlevé mes ovaires. J’ai demandé à Jonathan de me déposer au Centre de cancérologie Famille IrvingGreenberg, qui est géré par L’Hôpital d’Ottawa, mais situé à l’Hôpital Queensway Carleton. Pour le reste, j’étais seule, car je ne veux déranger personne. L’opération s’est bien passée. Tout le monde dit que j’ai l’air en forme (et j’en suis reconnaissante), mais je me sens anéantie intérieurement. 

Mi-mai 

Mon humeur oscille entre joie et angoisse. Je ne suis jamais déprimée, mais je ressens beaucoup d’anxiété. Je n’arrive pas à me concentrer sur quoi que ce soit. Mon travail en souffre. Je me sens dépassée si je dois faire plus d’une chose à la fois. J’ai peur d’avoir un accident. 

À l’hôpital, j’ai vu un prospectus sur les groupes de soutien pour patients atteints d’un cancer. J’ai téléphoné et j’ai appris que les séances ont déjà commencé, mais qu’une rencontre individuelle avec un intervenant du programme d’oncologie psychosociale est possible. J’ai sauté sur l’occasion. 

Samedi 27mai2017 

J’ai couru 5 km dans le cadre de la Fin de semaine des courses d’Ottawa ce soir! Malgré la chaleur, j’ai terminé 89e sur 374 parmi les femmes de mon groupe d’âge. C’était amusant. Courir me fait le plus grand bien! 

Vendredi 2juin2017 

Je suis allée au Nordik Spa-Nature avec ma mère et des amies. Je vis encore des montagnes russes sur le plan des émotions. J’adorais ma soirée, puis je me suis mise à penser que je pourrais mourir d’ici trois ans, comme ma sœur. J’ai reçu de gros câlins réconfortants et j’ai arrêté de pleurer. 

Mercredi 5juillet2017 

J’avais rendez-vous à 11 h au service d’oncologie psychosociale du Centre de cancérologie du Campus Général de L’Hôpital d’Ottawa. J’ai rencontré une travailleuse sociale, Karen McRae, qui m’a beaucoup plu. Elle est très patiente et n’a pas été irritée par mes divagations sur mon anxiété entre les visites chez le médecin. Nous avons discuté pendant une heure. 

Vendredi 21juillet2017 

J’ai revu la travailleuse sociale. Nous avons notamment parlé de la nécessité de prendre du temps pour moi. 

Août 

Je suis allée en vacances. Le temps était venteux, pluvieux et froid pendant que nous étions en camping, mais nous avions tellement de plaisir que ça n’importait pas. Je me concentre sur ce que Karen a dit : je prends du temps pour moi et je me fais aider par mon entourage, même si demander de l’aide n’est vraiment pas mon fort. 

Samedi 9sept.2017 

C’est demain qu’a lieu LE DÉFI, la collecte de fonds pour L’Hôpital d’Ottawa, mais je ne me sens pas très bienEn mai, je me suis inscrite pour parcourir 117 km à vélo. Tant de gens m’ont commanditée, que ce soit des membres de ma famille ou des amis Facebook que je n’ai jamais rencontrés en personne! 

Donna at The RideDimanche 10sept.2017 

Jour du DÉFI. Je me suis préparée, mais je n’étais pas sûre d’y arriver. Je me suis dit que je déciderais de participer ou non une fois sur place. Au point de départ de la randonnée, au pré Tunney, quelqu’un a suggéré que je me lance et que je demande qu’on vienne me chercher si c’était trop exigeant. Je suis donc partie à vélo. Ça s’est bien passé pour les 60premiers kilomètres, mais après, je me suis mise à douter de pouvoir finir. Puis, un dénommé Denis est venu bavarder avec moi pendant que nous roulions. Les 20derniers kilomètres ont passé très rapidement. J’ai finalement franchi la ligne d’arrivée après avoir parcouru les 117km prévus! 

Mercredi 20sept.2017 

Rendez-vous avec le DrClemons. Il me transfère au Programme bien-être au-delà du cancer. Ça ne m’enchante pas : mon médecin était mon filet de sûreté. Mais comme je n’ai pas le choix, je suis prête à donner une chance à ce programme de bien-être. 

Jeudi 23nov.2017 

Je dois trouver le moyen de me convaincre que tout va bien pour le moment. Je suis allée à la présentation du Programme bien-être au-delà du cancer. Tout va s’arranger. Je peux y arriver. J’ai accompli tellement de choses cette année. Le traitement ne m’a pas empêchée de faire quoi que ce soit. 

Samedi 2déc.2017 

Superbe journée au Nordik Spa-Nature avec mes collègues. Je n’ai pas pensé une seule fois au cancer… enfin! Au cours de la dernière année, je suis passée de la crainte de mourir bientôt à la constatation que je peux vivre avec cette maladie chronique. Beaucoup de femmes s’en tirent d’ailleurs très bien. Ma vie m’appartient de nouveau grâce à L’Hôpital d’Ottawa, et j’en suis sincèrement reconnaissante.