Cette histoire m’a été racontée par ma tante Mary Kettles en 1993.
Charles Kettles, mon grand-père, avait une ferme sur la 7e concession (aujourd’hui le chemin Leitrim) et constituait son troupeau de Holstein. Il avait acheté un taureau enregistré nommé Paul Count Pegee. Le jour de l’accident était le jeudi 19 décembre 1929. Tom, un « Home Boy » qui travaillait à la ferme, après avoir conduit les enfants à l’école en traîneau tiré par un cheval, est revenu à l’étable juste à temps pour entendre Charlie crier : « Tom, Paul! » Il a vu Charlie projeté dans les airs à l’intérieur de l’enclos du taureau et y est courageusement entré pour le sortir. Charlie était d’abord inconscient, mais il est ensuite devenu plus lucide.
Le docteur Evans est venu dans l’après-midi et a dit à la famille que Charlie devait aller à l’hôpital. On l’a habillé chaudement et installé sur un matelas, dans un traîneau tiré par un seul cheval. Deux hommes des fermes voisines sont partis avec lui vers l’Hôpital Civic d’Ottawa, à plus de 20 kilomètres. La tempête faisait rage : ce fut un long trajet cahoteux sur des routes enneigées. Charlie était en piteux état et n’avait aucun sédatif. Tard ce soir-là, sur le chemin du retour, les deux hommes se sont arrêtés à la ferme Gorman (à l’intersection actuelle des chemins Heron et Walkley), où ils ont réveillé le propriétaire, qui leur a donné à manger, à eux et au cheval. Pendant ce temps, à l’hôpital, on diagnostiquait chez Charlie une fracture du crâne.
Les choses ont ensuite empiré. Trois jours plus tard, sa fille Jean, âgée de 3 ans, était amenée au Civic avec une pneumonie et installée au même étage que son père. Le jour de Noël, Mary, 10 ans, arrivait gravement malade, aussi d’une pneumonie, et était placée dans la même chambre que Jean. Heureusement, tous les trois se sont rétablis et, avec le temps, ont été déclarés hors de danger. Charlie est resté à la ferme jusqu’à son décès en 1961; on a alors demandé à Tom, devenu propriétaire d’une ferme voisine et jamais oublié, d’être porteur.
Ce n’est là qu’une de nos histoires de famille liées à l’Hôpital Civic. Mes frères et sœurs, mes cousins et leurs descendants sont toujours reconnaissants du rôle que le Civic a joué dans leurs soins et, ultimement, dans leur survie.