Le traitement par les cellules CAR-T ‒ un nouvel espoir quand les traitements traditionnels du cancer échouent

Patient Stefany Dupont

Les symptômes de leucémie de Stefany Dupont ont disparu. Sa maladie est entrée en complète rémission grâce à un traitement révolutionnaire par les cellules CAR-T. Ce traitement a un taux de succès tellement élevé chez les patients atteints d’un cancer du sang que L’Hôpital d’Ottawa met au point son propre programme et ses propres essais cliniques sur les cellules CAR-T. L’hôpital joue un rôle de chef de file à l’échelle nationale pour cette approche du traitement par les cellules CAR-T « faite au Canada ».

Stefany a reçu son premier diagnostic de leucémie aiguë lymphoblastique (LAL) à l’âge de 13 ans. Les enfants atteints de leucémie sont soumis à un protocole de chimiothérapie strict qui guérit efficacement plus de 90 % des patients. Malheureusement, ce n’était pas le cas pour Stefany.

Cela faisait cinq ans qu’elle était en rémission, mais en 2010, sa leucémie a récidivé. Elle était alors âgée de 18 ans, c’était une adulte, et elle a donc commencé à suivre son traitement à L’Hôpital d’Ottawa. Un protocole de chimiothérapie a été suivi, en octobre 2015, d’une greffe de cellules souches hématopoïétique provenant de la moelle osseuse. Stefany a toutefois eu une autre rechute un an et demi plus tard. Les adultes atteints de leucémie qui rechutent après une greffe ont moins de 10 % de chances de survie.

« Stefany a eu la malchance de rechuter dans les deux ans qui ont suivi la greffe, a déclaré la Dre Jill Fulcher », médecin de Stefany, spécialisée en hématologie maligne, et clinicienne-chercheuse à L’Hôpital d’Ottawa. « Mais sa leucémie est revenue avec une crise blastique, et Stefany était très malade. Le traitement palliatif était tout ce que nous avions à offrir aux patients atteints de LAL qui ont rechuté si tôt après la greffe. »

La Dre Fulcher et sa consœur, la Dre Natasha Kekre, hématologue, scientifique adjointe à L’Hôpital d’Ottawa et professeure adjointe à l’Université d’Ottawa, savaient que des essais cliniques sur l’immunothérapie par les cellules CAR-T menés aux États-Unis montraient des résultats remarquables chez de nombreux enfants et adolescents atteints de leucémie et de cancers du sang en leur permettant une rémission durable.

Pour les patients, comme Stefany, qui sont extrêmement malades et qui n’ont plus de choix, le traitement par les cellules CAR-T offre de l’espoir, c’est pourquoi la Dre Kekre dirige la mission d’introduire l’immunothérapie par les cellules CAR-T à L’Hôpital d’Ottawa. Santé Canada approuvé la première version du traitement en septembre 2018. Dans le cadre d’un essai mené par une entreprise pharmaceutique, on a commencé à recruter des patients à l’hôpital à la fin de l’automne, et le premier patient a reçu le traitement en janvier, ce qui a fait de L’Hôpital d’Ottawa l’un des premiers hôpitaux au Canada à participer à ces essais.Dre Natasha Kekre

Cependant, ce traitement n’était pas encore offert au Canada, où Stefany en avait besoin. Sa seule option à l’époque était d’essayer de participer à un essai clinique du traitement par les cellules CAR-T mené à l’Hôpital pour enfants de Philadelphie, qui connaissait un grand succès. L’essai clinique réalisé à l’hôpital acceptait encore des patients atteints de LAL jusqu’à l’âge de 25 ans. Stefany y était admissible.

Le traitement par les cellules CAR-T est un traitement relativement nouveau qui se sert des cellules immunitaires du patient lui-même, qu’on appelle cellules T, pour traiter son cancer du sang. Les cellules T jouent un rôle essentiel dans le système immunitaire. Elles détruisent les cellules anormales, comme les cellules infectées par les germes ou les cellules cancéreuses.

Ce traitement consiste à prélever du sang du patient dont on extrait les cellules T. Ces dernières sont ensuite génétiquement modifiées à l’aide de virus inactifs afin de produire des molécules synthétiques à leur surface qu’on appelle récepteur de l’antigène chimérique, ou CAR. Pendant plusieurs semaines, ces cellules T modifiées se multiplient en laboratoire en centaines de millions avant d’être réintroduites dans le sang du patient par transfusion. Les cellules CAR-T se multiplient ensuite dans le corps du patient, puis commencent à reconnaître et à tuer les cellules cancéreuses.

« Lors des essais antérieurs, nous avons observé des réponses spectaculaires chez les patients qui ont normalement un taux de survie à long terme de 10 à 20 % avec des traitements standard. Le taux de réponse à court terme avec les cellules CAR-T a été de 70 à 80 %, a déclaré la Dre Kekre. C’est pour cela que Stefany, qui souffrait d’une maladie qui ne disparaissait pas avec la chimiothérapie, a été orientée vers l’essai. »

« Le traitement par les cellules CAR-T est très prometteur, mais est encore très récent », a déclaré le Dr Harold Atkins, un hématologue-chercheur qui travaille avec la Dre Kekre à l’introduction des essais sur les cellules CAR-T à L’Hôpital d’Ottawa. « Il faut effectuer d’autres essais cliniques, notamment pour étudier les effets à long terme. »

Les données de l’Hôpital pour enfants de Philadelphie sont très prometteuses. Des patients de cet hôpital sont en rémission cinq ans après avoir reçu le traitement. Il est à préciser que les patients qui sont encore en rémission complète à l’étape des six mois sont susceptibles de survivre longtemps.

Stefany a pu aller à Philadelphie et a eu une transfusion de cellules CAR-T en septembre 2017. Lors de son premier examen à trois mois, elle a subi une biopsie de moelle osseuse qui a révélé qu’elle était de nouveau en rémission. C’était une bonne nouvelle qui signifiait que le traitement fonctionnait.

Trois mois plus tard, après avoir eu la confirmation que tout était en ordre et que sa leucémie était en rémission, Stefany est partie faire un voyage bien mérité.

FAIRE UN DON« Après le délai d’attente de six mois, je suis allée en Australie, du 10 janvier au 7 février 2018 », raconte Stefany. Elle a visité Sidney, Brisbane, Melbourne et fait de la plongée sous-marine à la Grande Barrière et du parapente au-dessus des rives de Byron Bay. Cela a été une pause merveilleuse après le traitement intensif qu’elle avait subi.

« C’est un très bon signe que Stefany soit restée en rémission plus d’un an après le traitement par les cellules CAR-T, a déclaré la Dre Fulcher. Sans ce traitement, elle ne serait certainement pas parmi nous aujourd’hui. »

Le traitement par les cellules CAR-T sera bientôt davantage disponible au Canada, car des chercheurs de L’Hôpital d’Ottawa travaillent en collaboration avec des collègues dans tout le pays pour mettre au point une approche « faite au Canada » pour le traitement par les cellules CAR-T. Cela permettra aux patients canadiens d’accéder aux cellules CAR-T grâce à la science et à l’expertise canadiennes.

« Nous sommes en train d’élaborer notre propre programme canadien relativement aux cellules CAR-T. Ces dernières seront légèrement différentes de celles générées aux États-Unis, a déclaré la Dre Kekre. Étant donné qu’elles sont considérées comme étant expérimentales, elles ne seront disponibles que dans le cadre d’un essai clinique. »

Cet essai vise à commencer à recruter des patients en 2019. Il sera ouvert à Ottawa et à Vancouver, avec différents éléments des cellules CAR-T produits pour l’essai à Ottawa et à Victoria.

Le traitement par les cellules CAR-T doit être fabriqué individuellement pour chaque patient, à partir des propres cellules du patient combinées avec de grandes quantités de virus très pur pour générer le gène CAR. Le Centre de fabrication de produits biothérapeutiques, mis en place par le John Bell, Ph. D., de L’Hôpital d’Ottawa, est le mieux placé pour mettre au point ce type de traitement, car il possède le système le plus avancé pour produire les virus de qualité clinique nécessaires pour créer des cellules CAR-T pour les essais cliniques. Il s’agit du seul établissement au Canada qui a la capacité de produire ce genre de virus.

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« Grâce à notre installation de fabrication unique, notre expertise en matière d’essais cliniques et nos programmes de lutte contre le cancer et d’hématologie de niveau supérieur, L’Hôpital d’Ottawa est le mieux indiqué pour mettre au point la nouvelle génération de traitement par les cellules CAR-T », a déclaré Rebecca Auer, directrice de la recherche sur le cancer à L’Hôpital d’Ottawa et professeure agrégée à l’Université d’Ottawa.

La Dre Kekre a déclaré que les patients atteints de LAL, de lymphome et d’autres cancers du sang pourraient bénéficier de ce traitement. L’espoir est qu’un jour le traitement par les cellules CAR-T devienne aussi un traitement pour une variété de cancers, comme le cancer du sein et le cancer colorectal, dont les tumeurs sont solides. C’est grâce à des essais cliniques menés à L’Hôpital d’Ottawa que seront découverts des traitements innovateurs contre d’autres cancers.

Des organismes comme BioCanRx et la Fondation canadienne pour l’innovation, ainsi que le gouvernement de l’Ontario ont appuyé la recherche sur le traitement par les cellules CAR-T que mènent L’Hôpital d’Ottawa et le Centre de fabrication de produits biothérapeutiques, mais il faut des fonds plus importants pour que ce programme devienne réalité. 

La Fondation de l’Hôpital d’Ottawa recueille des fonds pour financer les recherches sur le cancer telles que celles-ci, qui révolutionnent les soins que nous prodiguons aux patients.

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