Dres Lauralyn McIntyre et Monica Taljaard, Ph. D., lauréates conjointes du prix Chrétien

Dre Lauralyn McIntyre et Monica Taljaard, Ph. D.

Le prix Dr Michel-Chrétien du chercheur de l’année

La collaboration est au cœur de toutes nos activités à L’Hôpital d’Ottawa, et pour preuve les toutes premières lauréates à recevoir conjointement le prix Dr Michel-Chrétien du chercheur de l’année. La Dre Lauralyn McIntyre, scientifique clinicienne principale et médecin spécialisée en soins critiques, et Monica Taljaard, Ph. D., scientifique principale et biostatisticienne, travaillent en étroite collaboration depuis plus d’une décennie, et leurs récents travaux de recherche pourraient renforcer encore davantage la sécurité des patients dans nos unités de soins intensifs. En alliant travail clinique, compétences en recherche et analyses statistiques pointues, les deux lauréates exploitent les données pour améliorer les résultats.

Poursuivez la lecture pour en savoir plus sur leur parcours et sur le prix qu’elles ont remporté ensemble. Pour en savoir plus sur les travaux menés de manière indépendante par la Dre McIntyre, consultez l’entrevue qui lui est consacrée!

Parlez-nous un peu de votre enfance.

MT : Je suis née en Afrique du Sud et j’ai grandi dans une petite communauté agricole rurale avec cinq frères et sœurs. À la maison, nous parlions allemand et afrikaans. Je fréquentais une toute petite école où j’ai d’ailleurs rencontré mon mari. La musique classique a occupé une place importante dans mon enfance. J’ai appris le piano et, tout en poursuivant mes études, je m’entraînais au moins six heures par jour. Je jouais aussi au netball, même si le sport n’a jamais été ma force.

LM : Mon père travaillait dans le domaine de la vente. Nous avons donc déménagé souvent. Je suis née à Sudbury, puis j’ai vécu à Winnipeg, à Montréal et à Toronto. Quand j’étais jeune, j’ai consacré une grande partie de ma vie au patinage artistique. Il a en quelque sorte dominé sur tout jusqu’à ce que j’aie 14 ans. J’ai dû arrêter à cet âge en raison de blessures à long terme. J’ai également grandi et atteint cinq pieds et neuf pouces, ce qui n’est pas très compatible avec le patinage!

Dre Lauralyn McIntyre et Monica Taljaard, Ph. D.

Comment avez-vous décidé d’étudier en médecine et de faire de la recherche?

MT : Je suis allée à l’université à Pretoria, en Afrique du Sud, pour étudier les arts de la scène. En réfléchissant à mon avenir, je me suis demandé quelles possibilités de carrière s’offraient à une pianiste en Afrique du Sud, ce qui m’a poussée à changer d’orientation. Je ne savais pas tout de suite quelle autre voie emprunter, mais j’ai suivi des cours de statistiques, de mathématiques et d’économie. J’ai découvert que les statistiques combinaient deux choses que j’aimais : les mathématiques et la résolution de problèmes pratiques. J’ai aussi découvert que j’aimais expliquer des concepts complexes à mes camarades. L’enseignement m’est venu naturellement, ce qui m’a orienté vers le milieu universitaire. J’ai eu la chance d’obtenir une bourse du Commonwealth pour poursuivre un doctorat à l’Université Western, au Canada. Nous avons quitté l’Afrique du Sud le 31 décembre 1999 et l’avènement du nouveau millénaire nous a trouvés dans les airs! Ça, c’est ce qu’on appelle un nouveau départ!

À l’Université Western, j’ai eu la chance d’étudier auprès d’Alan Donner, Ph. D., un biostatisticien largement reconnu comme l’un des pionniers des essais randomisés par grappes. Le Prof. Donner a eu une énorme influence sur ma vie. Son mentorat m’a fait découvrir un domaine où de nombreuses questions restaient sans réponse et m’a aidée à tracer la voie de ma carrière dans la recherche en santé à L’Hôpital d’Ottawa et à l’Université d’Ottawa.

Ce que j’aime de la biostatistique, c’est la possibilité de travailler avec des gens issus de nombreux domaines de la médecine. En tant que biostatisticienne collaborative, je travaille avec des équipes en anesthésiologie, en médecine d’urgence, en maladies infectieuses, en chirurgie, en soins primaires, en santé publique, etc. Chaque étude soulève une question différente et offre une nouvelle occasion d’apprendre.

LM :  Déjà à un très jeune âge, je savais que je voulais aller en médecine. J’ai commencé à faire du bénévolat à l’adolescence. À 15 ans, je suis devenue bénévole dans un centre pour blessés médullaires dans le centre-ville de Toronto et j’y suis restée pendant toutes mes études secondaires. Je pense que j’ai toujours su que j’allais opter pour une profession axée sur une relation d’aide.

J’étais un peu comme un « électron libre » quand j’étais plus jeune – et peut-être même encore aujourd’hui! J’avais d’abord besoin d’expérimenter un peu le monde. Après mon premier diplôme à Guelph, j’ai fait une pause et je suis allée à Whistler pour enseigner le ski pendant un an et demi. J’ai ensuite repris les études. J’ai été admise à la faculté de médecine et je suis allée à McMaster.

Qu’est-ce que la biostatistique exactement?

MT : La biostatistique utilise des données pour répondre à des questions liées à la santé. Il peut s’agir d’étudier l’efficacité d’un nouveau type de médicament, de suivre la propagation d’un virus ou de déterminer les facteurs contribuant à une maladie. Certaines personnes peuvent considérer la biostatistique comme une simple analyse une fois les données recueillies, mais les biostatisticiens contribuent également à la conception des études afin qu’elles puissent répondre aux questions que se posent les chercheurs. Une partie du rôle d’un biostatisticien lors de la phase de conception d’une étude consiste à déterminer le nombre de patients nécessaire pour obtenir une réponse fiable. Si l’on inclut trop peu de patients, on risque de passer à côté d’un effet réel; si l’on en inclut trop, on risque de gaspiller inutilement du temps et des ressources. Je me spécialise dans les types de méthodes d’étude plus complexes qui permettent de répondre à des questions relatives à la qualité des soins de santé, ainsi qu’aux politiques et stratégies de traitement.

Vous avez été les toutes premières lauréates à recevoir conjointement le prix Dr Michel-Chrétien du chercheur de l’année; pouvez-vous décrire les travaux de recherche que vous avez menés ensemble?

LM : Depuis de très nombreuses années, nous utilisons des solutés administrés par voie intraveineuse pour stabiliser la tension artérielle des patients à l’Unité de soins intensifs, où nous traitons les patients les plus malades. Deux de ces solutés sont des solutés salins, et pendant de nombreuses années, nous ne savions pas si l’un était plus efficace que l’autre. L’essai que nous avons conçu et mené visait à déterminer si l’un de ces solutés salins était plus efficace que l’autre pour traiter les patients dans l’ensemble de l’hôpital, et pas seulement à l’Unité de soins intensifs.

MT : Traditionnellement, pour répondre à ce type de question, on mènerait un essai clinique dans lequel chaque patient serait assigné de manière aléatoire à recevoir l’un ou l’autre type de soluté. Toutefois, un patient pouvant recevoir des solutés dans plusieurs services de l’hôpital au cours de son séjour, il n’était pas pratique de procéder à une randomisation individuelle des patients au sein d’un même hôpital. Nous avons donc assigné de manière aléatoire des hôpitaux entiers à n’utiliser qu’un seul type de soluté à la fois pour tous leurs patients hospitalisés. C’est ce qu’on appelle un essai randomisé par grappes. Les essais de ce type peuvent s’avérer très complexes et très coûteux; nous avons donc opté pour un plan croisé : cela signifie que la moitié des hôpitaux a commencé par utiliser un type de soluté, puis est passée à l’autre, tandis que les autres hôpitaux ont utilisé les solutés dans l’ordre inverse. Cela nous a permis de comparer les solutés au sein d’un même hôpital et a contribué à rendre plus réalisable un essai de grande envergure et complexe. D’une certaine manière, c’est l’hôpital, plutôt que le patient individuel, qui devient l’unité que nous étudions. Une autre caractéristique distinctive de l’essai était que nous n’avons pas eu besoin de recueillir des données séparément pour la recherche : nous avons utilisé les données hospitalières déjà recueillies dans le cadre des soins de routine, accessibles par l’intermédiaire de l’ICES. Cela a permis d’étudier des patients dans plusieurs hôpitaux sans ajouter de processus de collecte de données distinct.

Quels ont été les résultats de vos travaux de recherche?

LM : Aucune amélioration statistiquement significative n’a été observée pour un soluté par rapport à un autre. La pandémie de COVID-19 a entraîné l’arrêt prématuré de l’essai, ce qui pourrait avoir eu une incidence sur notre capacité à détecter une différence statistiquement significative. Cet essai a toutefois eu un impact considérable. Il a fait ressortir une approche percutante et efficace pour mener des essais cliniques comparatifs et a été publié dans le New England Journal of Medicine. Nous estimons que cela coûte moins de 10 $ pour inscrire un seul patient à notre essai, tandis qu’un essai traditionnel coûterait plus de 1 000 $ par patient.

MT : Nous avons présenté les premiers résultats, mais il y a d’autres leçons à tirer de cet essai. Bien que nos résultats n’aient pas fourni de preuves suffisantes pour conclure qu’un soluté est plus efficace qu’un autre, nous nous penchons désormais sur d’autres questions, notamment celle de savoir si les effets pourraient varier selon certains groupes de patients.

Quel rôle joue le travail d’équipe dans vos travaux de recherche?

LM : Nous sommes comme Frick et Frack. Notre collaboration est constante, et nous sommes toujours à l’écoute des différents points de vue. Monica apporte un point de vue méthodologique, mais elle contribue également à l’aspect clinique : elle aide à concevoir l’essai en s’appuyant sur la méthode par grappes. Beaucoup de chercheurs pensent que le statisticien est juste là pour faire les analyses, mais c’était bien plus que cela. Elle a participé à l’élaboration de l’ensemble de la méthodologie de l’essai. C’est probablement la plus grande collaboration à laquelle j’ai jamais pris part.

MT : Ce fut merveilleux de travailler avec Lauralyn. Elle est une véritable vedette et une chercheuse principale exceptionnellement efficace. Nous avons commencé à travailler ensemble en 2014, et cet essai était particulièrement complexe et novateur. Sa mise en place a nécessité un immense travail d’équipe. J’ai été particulièrement impressionnée par la façon dont Lauralyn a su rassembler et faire collaborer un large groupe de spécialistes chevronnés des essais cliniques, d’intensivistes, d’éthiciens, de spécialistes de la méthodologie, d’experts en science des données de l’ICES et de patients-partenaires, permettant ainsi à chacun d’apporter son expertise unique. Cette collaboration a été essentielle pour rendre cet essai possible.

Comment ces travaux de recherche peuvent-ils aider les patients?

LM : Les patients sont toujours au cœur de nos préoccupations. La recherche les concerne toujours. Nous voulons simplement nous assurer qu’ils reçoivent les meilleurs soins possibles, fondés sur des données probantes, que nous vérifions systématiquement.

Quelle est la prochaine étape de ces travaux de recherche?

LM : Nous avons encore plusieurs études à mener dans le cadre de cet essai. Certaines données suggèrent qu’un soluté est potentiellement plus efficace, donc nous sommes en train d’effectuer cette analyse. Nous nous penchons également sur certains sous-groupes et sur certaines analyses économiques. Nous avons de nombreux projets en cours d’élaboration.

Quel effet cela vous fait-il de recevoir le prix Dr Michel-Chrétien du chercheur de l’année?

LM : Nous sommes très honorées. Nous ne nous attendions absolument pas à cela. Pour moi, ce qui rend ce prix particulièrement spécial, c’est qu’une spécialiste de la méthodologie soit ainsi reconnue à sa juste valeur. J’espère que cela ouvrira la voie à d’autres distinctions de ce type. Nos spécialistes de la méthodologie jouent un rôle essentiel dans tout ce que nous faisons.

MT : C’est un immense honneur, et le fait de partager ce prix avec Lauralyn lui donne une signification toute particulière. Dès le début, elle m’a traitée comme une partenaire dans cette étude. Ensemble, nous avons conçu l’essai, surmonté ses difficultés et présenté les résultats en équipe. Le fait que cette collaboration soit reconnue compte énormément pour moi.

Comment occupez-vous vos temps libres?

MT : Je profite du plein air. Je fais de la randonnée et du camping. Ou je profite tout simplement de la nature avec mon mari. J’adore aussi lire, aller au ballet et faire de la pâtisserie. Mon levain a environ cinq ans et me permet de faire de délicieux pains chaque semaine!

LM : J’aime être dehors dans la nature et faire des randonnées. La forêt me permet de nourrir mon âme. J’aime ne rien entendre et simplement être. Je fais beaucoup de randonnées quand je suis à notre chalet qui se trouve à Tenaga (près de Chelsea au Québec).

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Researcher/Scientist