Vous êtes-vous déjà demandé quel était votre risque de développer une maladie du cœur? Il est vrai qu’il existe des outils de calcul pouvant vous donner cette information, mais il leur manque un élément qui pourrait s’avérer utile : l’incidence des troubles de santé mentale sur ce risque. Sara Siddiqi cherche à remédier à cette lacune en s’appuyant sur des données de recherche canadiennes approfondies afin de créer un outil de calcul qui tienne compte des troubles de santé mentale dans l’évaluation du risque de maladie du cœur. Pour les patients, cela pourrait se traduire par des interventions plus précoces et de meilleurs soins.
Pour ses travaux de recherche passionnants dans les domaines de l’épidémiologie, de la santé mentale et de la cardiologie, Sara, candidate au doctorat à l’Université d’Ottawa et à L’Hôpital d’Ottawa, qui décrochera bientôt son Ph. D., est la lauréate du prix Grimshaw de la chercheuse en formation de 2026.
Découvrez-en davantage sur les recherches de Sara, les raisons qui l’ont poussée à se lancer dans la recherche en épidémiologie et ce qui la passionne dans les domaines de l’équité, de la diversité et de l’inclusion (ÉDI).

Je suis née et j’ai grandi à Ottawa, et j’ai toujours été une passionnée de plein air. J’ai plein de superbes souvenirs de sorties au parc avec mes frères et sœurs et mes amis. On aimait dessiner des marelles à la craie dans notre rue, et une fois, on en a même fait une qui comptait plus de 1 000 cases! J’ai toujours été passionnée par les mathématiques, les sciences et la lecture. J’aimais beaucoup explorer les musées locaux et de nouveaux livres à la bibliothèque. J’ai également appris à patiner dès mon plus jeune âge.
J’ai toujours été attirée par la médecine et l’enseignement. Mes amis me disent aussi que je suis une excellente animatrice de groupe d’étude. La recherche me permet de concilier le meilleur des deux mondes, et je peux ainsi mettre ma passion au service d’un travail qui aide les autres.
Mon intérêt pour la santé mentale et les neurosciences est né d’expériences personnelles vécues avec des membres de ma famille et de mes démarches au sein du système de santé.
Puis, pendant mes études de premier cycle, j’ai commencé à faire du bénévolat dans un laboratoire de neurosciences, où j’ai été encadrée par des étudiants à la maîtrise. Je n’avais jamais envisagé la recherche comme une carrière jusqu’à ce que je voie ces étudiants à la maîtrise réaliser des travaux vraiment passionnants. J’ai compris que la recherche ne se résumait pas à suivre un protocole pour mener une expérience : il s’agissait de poser des questions, de trouver les meilleures méthodes, de passer par des essais et des erreurs, de réfléchir, d’analyser, puis de réfléchir encore, pour finalement trouver une réponse à la question initiale, tout en soulevant de nombreuses autres questions. J’ai trouvé très gratifiant de faire ce travail dans le domaine de la santé mentale afin d’aider à répondre à des questions susceptibles d’intéresser mon entourage.
Au secondaire, j’ai réalisé quelques projets pour l’expo-sciences. J’ai beaucoup aimé ces expériences et j’ai su dès lors que je voulais me consacrer à la recherche.
Au cours de ma première année de baccalauréat en sciences de la santé à l’Université Carleton, j’ai mené des recherches sur l’axe intestin-cerveau, puis j’ai exploré divers sujets tout au long de mon cursus. Mon mémoire de quatrième année portait sur l’enrichissement environnemental et les différences entre les sexes en matière de neuroplasticité chez des modèles murins, et dans le cadre de ma maîtrise en neurosciences, j’ai étudié les différences ethnoraciales liées à la maladie de Parkinson.
Ce que j’ai préféré dans tous ces projets, c’était de faire des analyses statistiques et de réfléchir à l’application des résultats. Au cours de ma maîtrise, j’ai découvert la modélisation prédictive, et j’ai trouvé vraiment génial qu’on puisse utiliser des données existantes pour prédire des résultats en matière de santé. C’est ce qui m’a donné envie d’en apprendre davantage sur les modèles prédictifs et les différents types d’analyses, ce que j’ai fait tout en étudiant l’épidémiologie dans le cadre de mon doctorat à l’Université d’Ottawa.
Mon travail de recherche vise principalement à mieux prédire le risque de maladie du cœur chez une personne en tenant compte des troubles mentaux. Il existe des outils de calcul utilisés par les médecins de famille pour estimer le risque qu’une personne développe une maladie du cœur à l’avenir; ces outils prennent en compte des facteurs de risque tels que le tabagisme, le diabète, etc. Cependant, ils n’intègrent généralement pas les troubles de santé mentale.
Des études ont démontré que les troubles de santé mentale peuvent doubler le risque de maladie du cœur; par conséquent, en ne les intégrant pas dans ces outils de calcul, nous risquons de ne pas prédire le risque avec précision. Il est vraiment important de considérer le cerveau et le cœur comme un tout, et il n’est pas idéal de soigner l’un sans tenir compte de l’autre, car ces systèmes s’influencent mutuellement. Ma recherche doctorale vise à mettre en avant ce lien, afin de permettre aux gens de bénéficier de meilleurs soins.
Ce prix récompense la première partie de ma thèse, qui visait à comprendre comment sont élaborés les outils de calcul des risques de maladies du cœur existants, à examiner la manière dont la santé mentale y est prise en compte et à tirer parti de ces conclusions pour orienter nos travaux futurs. Concrètement, nous avons passé en revue tous les outils de calcul existants dans ce domaine et avons constaté que, lorsque les troubles de santé mentale sont pris en compte, la plupart ne tiennent compte que de la dépression et de l’anxiété, sans s’intéresser aux troubles plus graves, qui sont pourtant plus fortement associés à un risque accru, comme le trouble bipolaire. Cela représente une lacune importante dans la recherche actuelle. Nous avons également constaté que ces outils de calcul présentaient des limites dans leur analyse statistique. Ensemble, ces éléments peuvent nuire à la précision de l’outil de calcul et à son applicabilité à différentes populations.
L’outil de calcul actuellement utilisé par les médecins de famille canadiens a été mis au point il y a plusieurs décennies, et les données utilisées pour sa création proviennent des États-Unis et portaient principalement sur une population masculine. Nous travaillons actuellement à l’élaboration d’un nouvel outil de calcul à partir d’un ensemble de données canadiennes, en nous appuyant sur les conclusions de notre analyse. Notre outil de calcul vise à tenir compte du sexe, du statut socioéconomique et des troubles de santé mentale dans la prédiction du risque de maladie du cœur.
Notre objectif est de mieux cibler les patients pouvant bénéficier de soins préventifs contre les maladies du cœur. Il pourrait s’agir, par exemple, de médecins de première ligne recommandant des changements de mode de vie, ou de prescrire aux patients des médicaments préventifs. Lorsque nous évaluons avec précision le risque d’une personne, nous lui offrons la possibilité de bénéficier de soins de meilleure qualité. Malheureusement, les personnes atteintes de troubles de santé mentale sont souvent négligées lorsqu’elles reçoivent des soins pour d’autres problèmes de santé. Ce travail prône une approche holistique. Nos discussions avec des patients ayant vécu ou vivant actuellement ces expériences ont révélé qu’ils appréciaient et accueillaient avec enthousiasme cette approche et cette recherche, et c’est vraiment formidable d’entendre que notre travail a un impact.
Pendant mes études de maîtrise à l’Université Carleton, j’ai rejoint le comité ÉDI de la Faculté des sciences. Là-bas, j’ai contribué à l’élaboration d’une trousse d’outils sur l’ÉDI en recherche : du recrutement à l’intégration de l’intersectionnalité dans les questions de recherche, en passant par tous les aspects intermédiaires. Et à l’Université Carleton, j’ai aidé à mettre sur pied un programme de mentorat où l’on est jumelé à un pair ayant quelques années d’avance pour discuter de tout ce qui touche à la représentation, quelqu’un qui peut simplement offrir un espace sécuritaire.
En tant que membre d’une minorité visible, je me suis souvent sentie sous-représentée dans le milieu universitaire. J’ai en quelque sorte décidé de renverser la tendance et je me suis convaincue que je pourrais peut-être incarner cette représentation pour les autres. Au départ, c’est pour cette raison que je me suis engagée dans ces initiatives, mais j’ai fini par vraiment adorer ça et par apprécier l’impact que je pouvais avoir. C’était gratifiant pour moi, mais les gens me disaient aussi : « Ouah, c’est génial. Ça m’aide vraiment. » Et j’ai fini par découvrir une grande passion en participant à des initiatives d’ÉDI.
Aujourd’hui, dans le cadre de mon doctorat, je siège au comité IDEAS de l’initiative Interconnectome Cœur-Cerveau (ICC) à l’Université d’Ottawa, afin de promouvoir les principes d’inclusion, de diversité, d’accessibilité et d’équité.
Il est essentiel de prendre en compte les facteurs d’intersectionnalité ainsi que les différentes expériences vécues et perspectives dans la recherche, car cela renforce la qualité de celle-ci. Une recherche qui s’appuie sur une diversité de perspectives et qui est inclusive est plus facilement transposable au grand public. Si nous ne tenons compte que d’une seule perspective lors de la formulation de nos questions de recherche, les réponses que nous obtiendrons ne s’adresseront qu’à ce public-là. L’intégration de l’ÉDI est un principe fondamental de tous mes projets de recherche, de mes activités de leadership et de mon engagement communautaire, et j’espère que d’autres reconnaîtront eux aussi l’importance de cette approche!
Je pense que l’un des grands enjeux actuels est l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans tous les domaines de recherche. Plus précisément, en ce qui concerne les calculateurs de risque, l’IA peut servir à faciliter, voire à accélérer, la mise en œuvre des modèles de prédiction. Je suis impatiente de voir ce domaine se développer.
C’est un immense honneur. Quand j’ai appris la nouvelle, j’en suis restée sans voix. C’est une source d’inspiration, et cela me motive à poursuivre ce travail.
J’ai eu beaucoup de chance d’avoir de nombreux mentors. Beaucoup de personnes de mon entourage possèdent des compétences et des qualités exceptionnelles dont je peux m’inspirer. Dans mon parcours de chercheuse et dans mes fonctions de responsable, mon directeur de thèse, le Dr Jess Fiedorowicz, a été un excellent mentor. Il montre véritablement l’exemple, m’apporte un soutien incroyable et m’a appris que le leadership consiste à valoriser les autres et à leur offrir des occasions de s’épanouir à leur tour. Il y a aussi mon excellent codirecteur de thèse, le Prof. Ian Colman, Ph. D., et ma première mentore universitaire ainsi que ma directrice de recherche au premier cycle et à la maîtrise, la Prof. Natalina Salmaso, Ph. D., qui ont tous joué un rôle important dans mon développement. De plus, j’ai beaucoup appris des nombreux étudiants diplômés qui m’entouraient tout au long de ma formation, de mes amis, de ma mère et de mes oncles!
La défense Lincoln! J’ai toujours été adepte des romans policiers et des séries télévisées policières. C’est un peu comme de la recherche : on utilise des données (les indices de l’enquête) pour répondre à des questions.
Je ne savais pas que j’avais cette peur jusqu’à ce que j’y sois confrontée : un écureuil qui fait son nid sous le capot de ma voiture. Je pense qu’on peut vraiment appeler ça une peur inhabituelle.
J’ai fait de la gymnastique pendant une période et j’ai même présenté des routines au tapis lors de spectacles scolaires!
J’adore le patinage! J’en fais en hiver, sur le canal ou dans les patinoires extérieures, et en été, dans les arénas de la région! Sinon, je fais la tournée des cafés avec des amis, je pars en randonnée, je voyage ou je fais du vélo avec mes frères. Côté voyages, j’adore admirer les montagnes, et récemment, j’ai visité les Dolomites en Italie!