Virus et vaccins contre le cancer : Pleins feux sur Zaid Taha, Ph. D.

Zaid Taha, Ph. D.

Lauréat du prix Worton du chercheur en formation de 2026

Jeune garçon, Zaid Taha était un artiste passionné. S’il ne peint pas aujourd’hui des œuvres destinées aux galeries, il « peint » des cellules cancéreuses afin de les rendre plus détectables par le système immunitaire, transformant ainsi la recherche sur le cancer en une forme d’art à part entière.

Ce boursier postdoctoral de L’Hôpital d’Ottawa mène des travaux de recherche sur l’immunothérapie contre le cancer en utilisant notamment des virus et des vaccins pour activer le système immunitaire des patients contre le cancer. Lauréat du prix Worton du chercheur en formation de 2026, ses travaux de recherche se déroulent aujourd’hui en laboratoire, mais ils pourraient demain offrir plus d’options à un plus grand nombre de patients, ce qui changerait la donne pour les personnes atteintes d’un cancer.

Apprenez-en davantage sur les aspects scientifiques fascinants qui sous-tendent les travaux de recherche de Zaid Taha, Ph. D., les raisons qui l’ont poussé à venir au Canada et ce qu’il fait dans ses temps libres.

Parlez-nous un peu de votre enfance.

Je suis né et j’ai grandi à Amman, en Jordanie, là où se trouvent la mer Morte et Petra. C’est un endroit vraiment magnifique. J’y ai grandi en tant qu’enfant unique, alors on pourrait dire que j’ai reçu beaucoup trop d’attention de la part de mes parents et de ma famille, mais j’avais beaucoup de cousins.

Étonnamment, et personne à qui je le raconte aujourd’hui ne me croit, j’excellais dans les arts visuels. Et pas seulement en peinture ou en coloriage, mais dans toutes sortes d’activités comme le modelage de l’argile et le travail du bois.

Quelle profession vous attirait quand vous étiez jeune?

Mon grand-père a été avocat, puis juge. J’ai toujours pensé que je voudrais suivre ses traces, mais c’était simplement parce que je le trouvais vraiment génial. Puis j’ai envisagé de devenir scientifique, et voilà que j’ai fini par emprunter cette voie.

Qu’est-ce qui vous a attiré au Canada?

J’ai passé un peu de temps à Ottawa pendant une très courte période de mon enfance, et je suis très proche de certains de mes cousins du côté de ma mère qui sont venus au Canada pour faire leurs études universitaires ici. J’ai toujours entendu parler de leur séjour à Ottawa, et j’adorais l’idée de m’y rendre pour découvrir la ville par moi-même, mais aussi pour faire l’expérience du froid et de la neige, car chez nous, en Jordanie, l’hiver est plutôt clément. Il y a également des programmes universitaires et des projets de recherche exceptionnels ici à Ottawa, ce qui m’a vraiment incité à poursuivre mes études ici.

Comment avez-vous décidé de vous lancer dans la recherche sur le cancer?

Au secondaire, quand les choses ont commencé à devenir plus concrètes, je me suis découvert une passion pour la chimie et je pensais devenir chimiste. Puis la biologie a commencé à m’intéresser.

J’ai d’abord fait des études en sciences de la vie à l’Université Queens, avec une spécialisation en développement de médicaments et en toxicologie, car je voulais garder toutes mes options ouvertes. Je pensais que je pourrais faire des études en médecine ou en pharmacie.

« L’idée même de s’attaquer à la peur de l’inconnu m’a plu. »

— Zaid Taha, Ph. D.

À l’origine, je voulais éviter la recherche sur le cancer, car j’ai perdu tellement de proches à cause de cette maladie. C’était presque un sujet tabou. Mais en suivant des cours de biologie cellulaire et en découvrant que tout ce qui permet à une cellule de fonctionner normalement est également responsable de son dysfonctionnement et de sa transformation en cellule cancéreuse, je me suis tout simplement passionné pour ce domaine. L’idée même de s’attaquer à la peur de l’inconnu m’a plu.

À partir de là, j’ai fait une maîtrise en biologie du cancer, où j’ai appris que la recherche sur le cancer est extrêmement exigeante, mais aussi extrêmement enrichissante; chaque jour, on apprend quelque chose de différent et de nouveau. C’est éprouvant sur le plan émotionnel, mais très passionnant. C’est un domaine d’études très dynamique. Il y a littéralement, sur tous les continents, des personnes qui travaillent activement sur des idées totalement novatrices pour tenter de remédier à ce fardeau sanitaire et culturel. J’ai finalement intégré l’Université d’Ottawa et L’Hôpital d’Ottawa pour mon doctorat et mes études postdoctorales, ce qui m’a permis de me spécialiser progressivement dans mes travaux de recherche.

Zaid Taha, Ph. D., au laboratoire

Quel type de cancer étudiez-vous?

Je définis mon programme de recherche comme « agnostique vis-à-vis du cancer », ce qui signifie qu’il n’est pas lié à un cancer en particulier.

Je n’étudie pas le développement du cancer, mais je mets au point des traitements qui agissent de manière générale contre le cancer et peuvent s’appliquer à différents types de cancers. Mon travail consiste à rechercher les faiblesses du cancer, puis à les cibler.

Je m’intéresse principalement aux carcinomes, qui sont des tumeurs cancéreuses solides. J’ai toutefois tendance à m’intéresser davantage à certains types de cancers, notamment le cancer colorectal (dont l’incidence est en hausse chez les jeunes adultes), le cancer du sein (dont l’incidence est très élevée), le cancer du pancréas (pour lequel il y a eu peu d’avancées au cours des dernières décennies) et le cancer de l’ovaire (un cancer très difficile à traiter, surtout lorsqu’il est détecté à un stade avancé).

Pendant mon doctorat, j’ai étudié l’immunothérapie contre le cancer qui, par définition, utilise le système immunitaire du patient lui-même comme traitement. En temps normal, le système immunitaire est notre mécanisme de défense naturel contre les envahisseurs – c’est-à-dire les bactéries, les virus, les parasites ou tout autre élément anormal, mais le cancer est particulièrement doué pour se dissimuler, de sorte que le système immunitaire ne peut pas le détecter. C’est ainsi qu’il parvient à s’échapper. L’immunothérapie contre le cancer vise à redynamiser le système immunitaire afin qu’il puisse détecter ce qu’il ne voit pas, comme les cellules cancéreuses, et l’aider à les éliminer.

Pouvez-vous décrire les travaux de recherche pour lesquels vous avez reçu le prix Worton du chercheur en formation?

Dans le cadre de ces travaux, je me suis principalement intéressé à ce que l’on appelle les virus oncolytiques. Il s’agit de virus qui ont été modifiés pour infecter et détruire les cellules cancéreuses tout en épargnant les cellules saines. La nature a parfaitement fait évoluer les virus pour en faire d’excellents parasites; nous n’avons donc pas eu à réinventer la roue. Nous avons simplement modifié ce que les virus peuvent « voir » et « infecter », puis nous les avons retournés contre le cancer. Ils constituent désormais un traitement contre le cancer. Ce type de traitement progresse lentement en milieu clinique : deux virus ont été approuvés par la FDA au cours des dix dernières années environ, dont l’un tout récemment, en 2026.

Outre le fait que le virus infecte les cellules cancéreuses, nous avons découvert qu’il était possible de lui transmettre des « instructions » pour qu’il produise un médicament anticancéreux directement au sein des cellules cancéreuses. Imaginez donc à quel point cette approche devient efficace et ciblée, avec beaucoup moins d’effets secondaires liés à ce médicament; désormais, celui-ci est produit au sein même des cellules cancéreuses, au lieu d’être administré par voie intraveineuse, ce qui expose les patients à des effets secondaires généralisés.

C’est bien sûr beaucoup plus compliqué que cela, mais c’est l’idée générale! Cela devient un traitement au sein d’un traitement, extrêmement ciblé sur les cellules cancéreuses. Nous avons également découvert qu’il était possible d’associer deux virus différents pour produire plusieurs agents anticancéreux au sein de la tumeur, ce qui procure un énorme avantage thérapeutique, tout en étant exceptionnellement bien toléré et sûr.

Qu’est-ce que cette recherche signifie pour les patients?

Même si mes travaux de recherche s’appuient pour l’instant principalement sur des modèles de laboratoire, je suis convaincu que ce domaine de recherche va changer la vie des gens. Il pourrait offrir une nouvelle option aux patients qui n’ont pas d’autre choix. Nous avons démontré que les immunothérapies de nouvelle génération comme celle-ci recèlent un immense potentiel thérapeutique, et nous sommes impatients de constater les avantages réels qu’elles apporteront lorsqu’elles seront déployées en milieu clinique à l’avenir.

Quelles sont vos prochaines étapes?

Je continue à travailler sur des plateformes de virothérapie et je m’efforce activement de faire passer celle-ci au stade clinique. Pour l’instant, on plaisante en disant que c’est la plateforme « vanille », c’est-à-dire le strict minimum de ce dont on sait qu’il fonctionne, même si, très franchement, elle n’a rien de « vanille »; je trouve qu’elle est déjà incroyablement passionnante telle quelle! Cela dit, il y a toujours matière à amélioration, alors nous essayons de renforcer notre plateforme pour qu’elle soit encore meilleure lorsqu’elle entrera en phase clinique.

Je m’efforce activement d’élargir mon expertise en recherche! Chaque jour est une nouvelle occasion d’apprentissage, ce qui rend ce travail incroyablement fascinant. Plus précisément, je travaille sur des thérapies cellulaires contre le cancer, ce qui signifie que nous extrayons physiquement du corps des cellules immunitaires anticancéreuses et que nous les produisons en masse pour les utiliser comme médicament anticancéreux vivant. Je m’intéresse également aux vaccins contre le cancer et je recherche de nouvelles stratégies susceptibles d’améliorer leur efficacité.

Que ressentez-vous après avoir reçu le prix Worton du chercheur en formation?

Je suis vraiment honoré, agréablement surpris, et je suis submergé par un immense sentiment de reconnaissance et de gratitude! Je regarde tous les autres lauréats exceptionnels, dont beaucoup sont mes mentors actuels, et je ressens une immense fierté. Et j’ai tant de personnes à remercier! Mes amis, ma famille, mes mentors, tous ceux qui ont fait partie de mon parcours! J’ai traversé des moments très difficiles que je n’aurais jamais pu surmonter sans mon formidable cercle de soutien, et tout ce que j’ai accompli, je le dois à cette équipe extraordinaire que nous avons!

Qui est votre mentor?

J’ai tellement de mentors. En ce moment, la professeure Carolina Ilkow, Ph. D., qui m’a donné toutes les chances de m’épanouir. Le professeur Jean-Simon Diallo, Ph. D., mon directeur de thèse, est tout simplement incroyable et m’a fait confiance pour laisser libre cours à mes idées farfelues. Le professeur John Bell, Ph. D., qui nous aide toujours à résoudre nos problèmes même s’il est extrêmement occupé à façonner l’avenir de l’écosystème canadien des traitements contre le cancer. La Dre Rebecca Auer, et je le dis en mon nom, mais aussi au nom de tous les stagiaires de l’unité, déplace des montagnes et défend sans relâche les intérêts des patients et des stagiaires. Tous les patients et les membres de la communauté qui m’ont tant appris.

Un livre ou un film qui a changé votre vie?

J’adore « Le Seigneur des anneaux ». Les films et les livres, même si, je l’avoue, je n’ai pas encore fini les livres! C’est tellement réconfortant de les revoir, car cela me rappelle la première fois que je les ai découverts quand j’étais enfant, et cela fait resurgir des souvenirs d’une époque plus simple, très agréable, chaleureuse et réconfortante. J’aime aussi beaucoup le message central de la trilogie originale : même les personnes les plus modestes et les plus ordinaires peuvent changer le cours du monde grâce à leur persévérance, leur loyauté, leur humilité, leur amitié et leur détermination. Je pense que cela s’applique parfaitement à la recherche sur le cancer.

Y a-t-il quelque chose que vos collègues pourraient ne pas savoir à votre sujet?

J’ai été renversé par une voiture quand j’étais très jeune. Je courais après une portée de chatons. Je n’ai pas regardé des deux côtés et j’ai bondi hors des buissons. Le chaton s’en est sorti indemne. J’avais sept ans et je me suis cassé une jambe. J’ai eu un plâtre pendant des mois.

Y a-t-il quelque chose dans votre travail que vos amis ne savent pas?

Beaucoup de gens ne savent pas que nous travaillons avec des virus. Cela peut aussi paraître un peu abstrait. Beaucoup de mes amis qui ne travaillent pas au laboratoire sont toujours surpris d’apprendre que nous utilisons des virus.

Comment occupez-vous vos temps libres?

J’adore faire preuve de créativité en cuisine; c’est comme faire des expériences. Je pense également que c’est l’un des moyens les plus simples, mais aussi les plus enrichissants, de faire vivre la culture, le patrimoine et les traditions. Ma famille vit en Jordanie, mais nous sommes originaires de Palestine, alors j’essaie continuellement de recréer les recettes palestiniennes originales de ma grand-mère. Mes amis vont en rire, mais je fais aussi de très bons baklavas!

L’équipe de volleyball de recherche de Zaid Taha
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Cancer, Researcher/Scientist