Dr Kevin Imrie, hématologue et scientifique à L’Hôpital d’Ottawa

Qu’il s’agisse d’exercices militaires ou de marathons, le Dr Imrie poursuit sans relâche sa course pour atteindre un objectif clair : améliorer les soins aux patients.

Hématologue et scientifique à L’Hôpital d’Ottawa, il a consacré des décennies à la recherche en laboratoire, à la pratique clinique et à des rôles de direction pour faire progresser les soins dans son domaine. Des traitements personnalisés contre le lymphome – sa spécialité – à la conception de meilleures techniques pour former les étudiants en médecine, le Dr Imrie a toujours cherché à améliorer l’avenir des patients.

Découvrons pourquoi il a choisi la médecine, pour quelles raisons il est de retour à Ottawa et ses lieux de prédilection lorsqu’il n’est pas au travail.

Q : Parlez-nous un peu de votre enfance.

R : J’ai grandi dans le quartier de Côte-de-Sable, ici, à Ottawa, et j’ai fréquenté le Glebe Collegiate. Mes matières préférées étaient les mathématiques et les sciences, mais je n’étais pas très doué en éducation physique. J’adorais la science-fiction et les jeux de société. J’avais ce côté intello. À l’époque, j’allais à des conventions de science-fiction, j’aimais les films de série B un peu bizarres et je jouais à Donjons et Dragons.

Q : Qu’est-ce qui vous a amené en médecine?

R : Au secondaire, j’ai pris un emploi d’été dans les forces armées. J’ai travaillé pour la force de réserve pendant toutes mes études universitaires. J’ai arrêté seulement pour faire ma résidence. Ce travail a beaucoup influencé mon parcours. J’ai commencé aux côtés d’ingénieurs, puis je suis rapidement passé dans le corps médical. J’aidais, par exemple à donner les premiers soins de base, et, au fil du travail avec des médecins et d’infirmières, j’ai compris que je voulais en faire plus. L’armée a occupé une partie importante dans ma vie pendant à peu près une décennie. J’avais l’impression de faire quelque chose de concret et que je m’épanouissais.

Q : Pourquoi avez-vous ensuite opté pour l’hématologie?

R : Plusieurs choses m’ont attiré vers l’hématologie. Premièrement, c’est une spécialité qui jette un pont entre la science en laboratoire et la pratique clinique. On analyse du sang, on interprète des examens et on collabore avec des pathologistes, tout en interagissant directement avec des patients. C’est l’union parfaite entre le contact humain et la science de pointe.

Deuxièmement, on tisse des relations à très long terme avec les patients. Vu la nature du travail, on traite souvent des patients pendant des années ou des décennies. Quand j’ai quitté Toronto, j’avais des patients que j’avais rencontrés pendant mes premiers mois de pratique, soit presque 30 ans plus tôt.

Q : Quels sont vos sujets de recherche?

R : Ma recherche porte sur les différents types de cancer du sang – le lymphome est le plus fréquent. J’essaie de mettre à profit nos connaissances croissantes de la biologie du cancer pour mettre au point des traitements ciblés pour chaque patient.

Q : Vous avez traité le lymphome non hodgkinien de Ted Wagstaff; qu’est-ce qui rendait son cas unique?

R : Même s’il était très athlétique et en excellente forme, son cancer a progressé très vite. Il fallait donc commencer le traitement de toute urgence. Un autre aspect qui rendait son cas unique est la façon dont nous avons adapté le traitement au sous-type rare de sa tumeur. Nous avons aussi déployé énormément d’efforts pour adapter le traitement à son mode de vie : il était primordial pour lui de rester actif pendant les soins et de reprendre ses activités rapidement après.

Q : Pourquoi avez-vous choisi de revenir à Ottawa et de travailler à L’Hôpital d’Ottawa?

R : J’ai mené une carrière enrichissante à Toronto. Pendant mes 10 dernières années là-bas, j’ai occupé des postes de haute direction, comme médecinchef au Centre des sciences de la santé Sunnybrook et président du Collège royal des médecins et chirurgiens. Ces rôles administratifs ont tous pris fin vers 20192020. Une porte s’est ouverte d’elle-même vers de nouveaux défis.

Le retour à Ottawa m’a semblé aller de soi et le contraste avec Toronto a renforcé ce sentiment. À Toronto, tout est grand et décentralisé. Sur le plan médical, un hôpital fait certaines choses, et un autre en fait d’autres. Certains de mes patients devaient recevoir leurs soins dans trois hôpitaux différents. Ici, à L’Hôpital d’Ottawa, tout se fait à l’interne et c’est très bien coordonné. Je n’ai pas à envoyer mes patients ailleurs.

J’ai en plus d’excellents collègues de travail, dans le département et ailleurs, ce qui a rendu la transition vraiment harmonieuse.

Q : Quelles sont les percées réalisées par L’Hôpital d’Ottawa en hématologie?

R : L’Hôpital d’Ottawa est un chef de file en thérapie par cellules T, plus particulièrement celle par cellules CAR-T – une immunothérapie spécialisée. Elle est utilisée contre des lymphomes et d’autres types de cancer du sang. Nous figurons parmi les pionniers dans ce domaine au pays. Nous ne faisons pas qu’utiliser et tester ces thérapies : nous concevons les nôtres. C’est un processus complexe et perfectionné qui exige une grande expertise.

Q : De quoi êtes-vous le plus fier dans votre carrière?

R : Je suis fier de différentes choses qui sont survenues à différents moments. Je suis vraiment fier d’avoir élargi le Département de médecine au Centre Sunnybrook. Au Collège royal, je suis très fier de ce que nous avons fait pour faire progresser la formation médicale au Canada. Je suis fier d’avoir créé un réseau canadien du lymphome cutané pour améliorer les soins aux patients atteints de ce type de lymphome.

La dernière chose dont je suis fier – et j’en suis un peu surpris – c’est le travail réalisé à la clinique satellite de cancérologie de L’Hôpital d’Ottawa à Renfrew. À mon arrivée, on m’a demandé de m’en occuper. Je n’avais jamais travaillé dans un hôpital communautaire avant, mais j’adore ça. J’ai l’occasion de faire partie d’un grand programme hautement spécialisé quatre jours par semaine, puis, un jour par semaine, je suis dans un hôpital communautaire qui offre des soins de proximité. Je suis assez fier de ce que nous avons fait pour élargir cette clinique et éviter que des patients ne parcourent de longs trajets pour recevoir des traitements.

Q : Comment occupez-vous vos temps libres?

R : Je n’étais pas du tout sportif quand j’étais jeune, ni même à l’approche de la cinquantaine. Mais à 50 ans, j’ai décidé de changer les choses. J’ai commencé la course dans l’intention de faire un seul demimarathon, puis d’arrêter. J’ai toutefois eu un coup de foudre pour ce sport. J’ai fixé et atteint d’autres objectifs. J’ai couru des marathons au Canada et ailleurs dans le monde, y compris les six grands (Boston, Chicago, New York, Londres, Berlin et Tokyo). J’ai en fait couru un marathon sur chaque continent, y compris l’Antarctique.