
Qu’il travaille sur une étude, qu’il s’occupe d’un patient ou même qu’il s’entraîne à la salle de sport, la carrière du Dr Nicholas Fabiano est un exercice visant à améliorer la santé mentale. Le résident en psychiatrie à L’Hôpital d’Ottawa s’est engagé à aider les patients grâce à ses recherches et à ses soins, qui se concentrent principalement sur l’utilisation d’interventions liées au mode de vie dans les soins de santé mentale, avec un accent particulier sur l’exercice physique.
Ne s’imposant aucune limite, le Dr Fabiano s’est également penché sur des sujets d’actualité tels que la créatine, les microplastiques et l’alimentation, et il cherche toujours à améliorer notre compréhension des interventions en matière de santé mentale et de la manière dont elles peuvent être prescrites de manière responsable.
Découvrez pourquoi le Dr Fabiano a décidé de se lancer dans la psychiatrie et quels exercices il recommande – la réponse (et les exercices) pourraient vous rendre heureux.
Parlez-nous un peu de votre enfance.
Enfant, les sciences m’ont toujours intéressé. Je demandais à des amis de la famille de faire des expériences avec moi, et j’avais toujours envie de démonter des objets. Des pistolets Nerf aux appareils électroniques comme les Game Boy, je les démontais, mais je n’étais probablement pas capable de les assembler à nouveau.
J’ai grandi à Thunder Bay dans une grande famille italienne et j’ai passé beaucoup de temps avec ma Nonna à préparer différentes pâtisseries ou à faire des pâtes.
Quelle profession vous attirait quand vous étiez jeune?
Pas médecin! Honnêtement, je n’en avais aucune idée pendant très longtemps. Je me suis simplement laissé guider par mes centres d’intérêt. Des expériences scientifiques au football en passant par l’art, mes parents ont vraiment soutenu mes innombrables initiatives, ce qui a été déterminant pour forger mes centres d’intérêt et faire de moi ce que je suis aujourd’hui.

Qu’est-ce qui vous a amené en médecine?
J’ai fait mes études de premier cycle à Thunder Bay, à l’Université Lakehead, en sciences de la vie appliquées : c’était un mélange de chimie, de biologie, d’anthropologie et de physique. Je voulais garder une vision large et voir ce qui me plaisait. Le bénévolat à l’hôpital local et les relations avec les patients âgés, le travail lors d’événements pour Ambulance Saint-Jean et mon intérêt pour les sciences m’ont fait réaliser que je voulais combiner ces centres d’intérêt.
Deux de mes amis ont fini par postuler à la faculté de médecine, et nous avons donc tous postulé ensemble, ce qui était plutôt sympa.
Qu’est-ce qui vous a attiré vers la psychiatrie?
Quand j’ai commencé mes études de médecine, je m’orientais plutôt vers la radiologie. C’est assez drôle, mais pendant mes études de premier cycle, je travaillais sur un projet qui portait sur le silicium et la façon dont les plantes l’absorbent, en utilisant des radiotraceurs pour voir où le silicium s’accumulait. C’est ce qui m’a fait penser que si j’aimais l’imagerie des plantes, j’aimerais peut-être aussi l’imagerie des personnes.
Ce seulement au cours de mon stage en troisième année de médecine que j’ai fait un stage en psychiatrie, et étonnamment cela m’a beaucoup plu. Les interactions avec les patients étaient fascinantes. Je travaillais avec des personnes présentant des diagnostics très variés, allant de la dépression légère à des maladies mentales graves comme la schizophrénie et le trouble bipolaire. Et, ce qui m’a frappé, c’était l’impact que cela pouvait avoir sur l’esprit et le plaisir que j’avais à discuter avec eux et à écouter leurs vécus.
À ce moment-là, j’ai fait un virage à 180 degrés et je me suis réorienté vers la psychiatrie pour ma quatrième année. Mon CV était complètement désorganisé, car j’avais plusieurs publications en radiologie, mais rien en psychiatrie. J’ai toutefois eu la chance d’être accepté dans le programme de résidence en psychiatrie de mon premier choix, ici à Ottawa.

Quel est votre domaine d’expertise?
Je m’intéresse aux liens entre la santé physique et mentale. Je me suis principalement concentré sur les interventions liées au mode de vie pour la santé mentale, comme l’exercice physique, l’alimentation et le sommeil, mais je pense que mon intérêt principal jusqu’à présent a été l’exercice physique. Nous disposons de nombreuses publications qui démontrent l’efficacité de l’exercice physique pour la santé mentale, mais nous ne le proposons pas toujours comme option aux patients.
Cela ne veut pas dire que toutes les personnes aux prises avec la dépression devraient être obligées de faire de l’exercice, mais elles devraient être informées des traitements disponibles, et les fournisseurs de soins devraient être formés à la manière de fournir ces informations.
Est-ce à dire que je pense que cela devrait être proposé comme seule thérapie? Pas nécessairement. Tout comme nous combinons médicaments et thérapie, nous pouvons faire de même avec l’exercice physique. Lorsqu’on parle d’interventions sur le mode de vie pour la santé mentale, il existe deux camps : ceux qui pensent que la solution est dans le mode de vie et ceux qui pensent qu’elle est dans les médicaments. À mon avis, l’exercice physique doit se situer entre les deux.
Quel exercice recommanderiez-vous le plus?
Le problème avec l’exercice physique, c’est que si vous pratiquez une activité que vous aimez vraiment, vous pouvez plus facilement rester motivé et continuer à la pratiquer. Je pense que c’est le facteur le plus important. C’est comme pour l’alimentation : vous pouvez avoir la diète parfaite sur le papier, mais si elle est coûteuse et n’a pas bon goût, vous ne la suivrez que pendant quelques jours.
« Les plus grands bénéfices que l’on peut tirer de l’exercice physique consistent à passer d’un mode de vie sédentaire à un mode de vie légèrement plus actif. Ainsi, même faire une petite promenade quotidienne pour aérer l’esprit, et c’est déjà beaucoup. »
— Dr Nicholas Fabiano
Quand je parle aux gens, j’essaie de savoir ce qu’ils ont fait dans le passé ou ce qu’ils ont aimé. Peut-être qu’ils aimaient courir, ou peut-être qu’ils jouaient au soccer, peu importe, nous essayons de trouver ce qu’ils aiment.
L’adhésion est l’élément le plus important dans la prescription d’exercice physique. Lorsque vous placez la barre trop haut avec un certain niveau d’intensité ou un certain nombre de minutes, vous perdez toute l’adhésion des patients, car cela leur semble insurmontable.
Les plus grands bénéfices que l’on peut tirer de l’exercice physique consistent à passer d’un mode de vie sédentaire à un mode de vie légèrement plus actif. Ainsi, même faire une petite promenade quotidienne pour aérer l’esprit, et c’est déjà beaucoup.
Sur quoi d’autre travaillez-vous actuellement?
Ma philosophie est la suivante : si une occasion d’apprendre et de progresser se présente, je la saisis. Mes champs d’intérêt de recherche sont donc très vastes.
J’ai récemment reçu l’autorisation de diriger les lignes directrices du Réseau canadien pour le traitement de l’humeur et de l’anxiété (CANMAT) en matière d’exercice physique pour les troubles dépressifs majeurs et les troubles bipolaires, que je commencerai à mettre en œuvre à l’été 2026. Il s’agira de fournir aux cliniciens une approche plus guidée pour recommander l’exercice physique, notamment en matière d’intensité, de fréquence, etc.
Je m’intéresse également aux mimétiques de l’exercice, également appelés « pilules d’exercice ». Ces médicaments imitent les effets physiologiques de l’exercice physique et pourraient être utiles chez les patients qui ont des difficultés à faire de l’exercice.
Récemment, je me suis intéressé à la créatine, aux microplastiques et à l’alimentation dans le domaine de la santé mentale. Je m’apprête également à commencer un doctorat en épidémiologie, afin d’étudier si et comment les médicaments GLP1 peuvent avoir une incidence sur les résultats chez les personnes atteints de troubles mentaux.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre travail?
Ce que je préfère, c’est simplement pouvoir rencontrer des gens, écouter leurs histoires et les accompagner dans leur cheminement vers leurs objectifs.
En psychiatrie, nous posons souvent des diagnostics qui changent la vie, et c’est très important de prendre le temps non seulement de les expliquer, mais aussi de répondre à toutes les questions que le patient, sa famille ou ses amis peuvent se poser.
C’est un privilège de pouvoir aider les personnes qui se trouvent dans cette situation.
Quelles sont les initiatives passionnantes actuellement menées par L’Hôpital d’Ottawa dans le domaine de la psychiatrie?
Nous avons assisté à un développement rapide sous l’impulsion du Dr Jess Fiedorowicz, chef et directeur du Département de santé mentale.
Toute une série de collaborations intéressantes est en cours : des partenariats directs existent avec l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa pour étudier les liens entre la santé cardiovasculaire et la santé mentale, et j’ai même eu la chance de collaborer personnellement avec des collègues néphrologues du Département de médecine de l’Université d’Ottawa, où nous avons publié un article établissant un lien entre les anomalies électrolytiques chez les personnes avec des troubles alimentaires et les effets néfastes sur la santé.
Qu’il s’agisse d’essais cliniques ou de soins cliniques, je pense que c’est extrêmement important que la santé mentale et la santé physique soient considérées comme des entités liées, car elles ne fonctionnent pas de manière isolée. Nous avons constaté une forte croissance, mais aussi des liens avec d’autres services, qui sont tous deux très importants pour les soins aux patients.
Comment occupez-vous vos temps libres?
J’essaie de faire de l’exercice régulièrement, environ une heure par jour. Je prends évidemment des jours de repos, mais je suis fier d’avoir réussi à maintenir mon programme pendant toute l’année de mes examens du Collège royal.
Quand j’ai commencé mes études de médecine, j’étais tellement anxieux et j’étudiais tellement que j’ai fini par abandonner l’exercice physique. Mais j’ai atteint un point où j’ai réalisé que si je faisais quelque chose qui m’empêchait de prendre soin de moi-même, je ne devais pas le faire. J’ai recommencé à faire de l’exercice quotidiennement et j’ai constaté que mes résultats scolaires s’amélioraient. Aujourd’hui, cette heure par jour est un moment qui m’est réservé, pendant lequel je peux mettre de la musique et me vider l’esprit pendant un moment. Je me suis également mis au ski de fond et au golf récemment.
Sinon, j’adore passer du temps dans mon camping près de Thunder Bay, où je pêche avec ma famille.





