Quand Casey Delaney s’est fait frapper par une motomarine hors de contrôle il y a deux ans, sa vie est brusquement tombée au point mort. Elle avait subi un grave traumatisme cérébral, et les médecins ne savaient pas si elle pourrait un jour recommencer à marcher, à parler ou à s’adonner à sa passion, l’enseignement. Mais grâce aux soins spécialisés reçus au Centre de réadaptation de L’Hôpital d’Ottawa, Mme Delaney a pu remettre le cap sur une vie normale.

L’instant où tout a basculé

C’est la fête du Canada en 2018. Casey Delaney et ses amis se prélassent dans un radeau gonflable sur la rivière Gatineau, non loin de la berge, quand une motomarine échappe au contrôle de son pilote et percute Mme Delaney. Cette dernière perd aussitôt conscience.

Casey in The Ottawa Hospital

Son conjoint d’alors, Scott, pratique les manœuvres de réanimation cardiorespiratoire jusqu’à l’arrivée des ambulanciers, qui emmènent la victime de toute urgence à l’hôpital le plus proche. Mais étant donné la quantité et la complexité de ses blessures, celle-ci est vite transférée à notre Centre de traumatologie du Campus Civic pour obtenir les soins dont sa vie dépend.

Pour réduire l’enflure de son cerveau, les médecins retirent avec minutie la moitié gauche de son crâne – plus tard remplacée par un grillage en titane –, puis plongent Mme Delaney dans un coma artificiel pour deux semaines. Leur diagnostic : un traumatisme cérébral grave. Ils ne savent pas si cette patiente pourra un jour recommencer à parler, se servir de ses bras ou reconnaître ses proches. Mais à son réveil, il y a de l’espoir.

« J’avais de la difficulté à marcher au début, mais j’ai pu me tenir debout très tôt, ce qui est une grande chance », raconte Mme Delaney, qui n’avait alors que 26 ans. Bien qu’elle ait été très chanceuse, l’enseignante n’en est pas sortie parfaitement indemne. Elle avait des faiblesses du côté droit du corps et des problèmes de mémoire et d’équilibre qui nécessitaient un traitement spécial.

Mais nos spécialistes étaient prêts à l’aider à surmonter ces obstacles pour regagner sa vie d’avant.

Un long parcours se dessine

En août 2018, Casey Delaney est admise dans notre programme de réadaptation spécialisé en lésions cérébrales, l’un des rares programmes du genre en Ontario, qui traite des patients de tout l’Est de la province et même du Nunavut. Elle se soumet à une thérapie intensive de deux mois, laquelle devait être suivie de plusieurs années de réadaptation externe.

Les personnes qui survivent à un traumatisme cérébral sont souvent aux prises avec des effets secondaires toute leur vie. Ces effets physiques et cognitifs peuvent les empêcher de mener une vie autonome ou de participer à des activités sociales, et peuvent altérer leur personnalité et leur comportement. La réadaptation aide ces personnes à retrouver leurs capacités sur ces plans. Nos spécialistes les accompagnent pour toute la durée de leur rétablissement, qui peut être long.

Casey in room at The Ottawa Hospital

« Quand on se casse une jambe, on s’attend à s’en remettre en trois mois environ. Mais dans le cas d’une lésion cérébrale, il faut compter une année ou deux d’efforts continus », explique le Dr Shawn Marshall, physiatre et chef de la Division de médecine physique et de réadaptation, qui a suivi Mme Delaney tout au long de sa thérapie. « Comme Mme Delaney avait subi un traumatisme cérébral grave, ses chances de pouvoir reprendre un travail à temps plein s’établissaient à moins de 50 %. »

Mais Mme Delaney, enseignante à la maternelle et au jardin d’enfants passionnée, n’allait pas laisser ce pronostic l’empêcher de retrouver sa vie, et sa classe, aussi vite que possible.

« Je me disais : “Ils ont tort. Je vais reprendre le travail en septembre.” Mais soyons clairs, ça n’a pas été le cas », précise-t-elle. Néanmoins, elle était prête à y mettre toute la gomme.

Préparer le terrain

Pour les patients comme Casey Delaney, les soins reçus au centre de traumatologie donnent le ton au parcours de réadaptation qui s’ensuit. Les recherches en cours ici même dans notre hôpital peuvent contribuer à documenter et à améliorer ces soins.

Au moment de l’admission de Mme Delaney, le Dr Shane English, intensiviste et chercheur à L’Hôpital d’Ottawa, recrutait des patients pour une étude internationale qui s’intéressait à la gestion des concentrations sanguines chez les patients présentant une lésion cérébrale – et Mme Delaney était la candidate parfaite.

« Cette étude a été amenée ici dans le but de fournir les meilleurs soins qui soient à nos patients. »

— Dr Shane English
Casey at The Ottawa Hospital

En général, les transfusions sanguines sont réservées aux patients en traumatologie qui affichent un très faible taux de globules rouges (anémie). Mais comme ceux qui ont une lésion cérébrale sont plus sujets au manque d’hémoglobine, les chercheurs se demandaient s’il y avait lieu de recourir davantage aux transfusions pour prévenir l’anémie importante dans leur cas et ainsi, peut-être, obtenir de meilleurs résultats.

« Notre travail, c’est de préserver tout ce qu’on peut pour leur donner toutes les chances de se rétablir par la suite, explique le Dr English. Nous avons été très actifs dans la recherche en lésions cérébrales et en traumatologie; cette étude a été amenée ici dans le but de fournir les meilleurs soins qui soient à nos patients. »

La remise sur pied

Tout au long de sa récupération, Casey Delaney a eu la chance non seulement de recevoir les traitements les plus avancés qui soient, mais d’être prise en charge par une équipe de soins en collaboration des plus complètes : infirmières, physiothérapeutes, ergothérapeutes, psychologues, travailleurs sociaux, orthophonistes et physiatres.

« La thérapie la plus efficace est celle qui a un sens pour le patient, qui le stimule et dont il voit l’utilité. La réadaptation, c’est reprendre sa vie en main. »

— Dr Shawn Marshall

Parmi ces experts, bon nombre contribuent à établir les lignes directrices et les pratiques exemplaires pour le traitement et la gestion des traumatismes cérébraux en Ontario. Ce sont eux qui ont accompagné Mme Delaney dans ses séances de thérapie intensive de trois à cinq heures par jour. Et puisqu’en matière de lésions cérébrales, chaque cas est unique, ils ont mis au point un programme de réadaptation hautement personnalisé ciblant les aspects qui lui causaient des difficultés, pour ainsi l’aider à retrouver ses capacités et à rentrer chez elle.

Certaines séances avaient lieu dans des salles spécialisées imitant des pièces de la maison, comme la salle de bain ou la cuisine, où l’enseignante a pu apprendre des stratégies pour surmonter ses blessures. Mme Delaney se souvient avoir été surprise par certaines des séances, qui l’ont notamment amenée à faire la cuisine et à travailler le bois.

« Le Dr Marshall a été génial. Avec lui, l’étape suivante était toujours prête. C’est ce qu’il fallait à mon cerveau. »

— Casey Delaney

« J’avais des cours de motricité fine qui me paraissait un peu ridicules à ce moment-là : c’est ce que j’enseigne à mes élèves! Mais avec le recul, je vois que j’avais besoin d’amélioration, raconte-t-elle en riant. Je me souviens que j’étais tellement fière de rentrer chez moi avec un mets que j’avais moi-même préparé pour Scott. Je n’avais pas fait ça depuis si longtemps. »

« J’avais des cours de motricité fine qui me paraissait un peu ridicules à ce moment-là : c’est ce que j’enseigne à mes élèves! Mais avec le recul, je vois que j’avais besoin d’amélioration, raconte-t-elle en riant. Je me souviens que j’étais tellement fière de rentrer chez moi avec un mets que j’avais moi-même préparé pour Scott. Je n’avais pas fait ça depuis si longtemps. »

Un rétablissement exceptionnel

Après deux mois de thérapie seulement, Casey Delaney avait beaucoup progressé et était prête à passer à la prochaine étape : rentrer chez elle. « En septembre, j’étais sortie de l’hôpital et de retour à la maison. C’était un pas énorme », se réjouit-elle. Une autre raison de fêter s’est ajoutée quand Scott, qui l’avait épaulée tout au long du processus, l’a demandée en mariage.

Les séances quotidiennes se sont poursuivies à l’hôpital, s’espaçant à mesure que Mme Delaney prenait du mieux. Fait remarquable, en septembre suivant, l’enseignante avait repris le travail à temps plein. Elle s’adonnait à sa passion et n’avait plus besoin de thérapie.

Mme Delaney attribue cette réussite à son équipe de soins, qui lui a donné les outils et les traitements dont elle avait besoin pour se relever, déjouer les pronostics et voir se profiler un avenir en santé. « Le Dr Marshall a été génial. Avec lui, l’étape suivante était toujours prête, souligne-t-elle. C’est ce qu’il fallait à mon cerveau. »

Aux dires de nos experts, son rétablissement est tout à fait exceptionnel.

« Ce qu’on retient de son cas, c’est qu’il est possible de se prélasser sur une rivière un instant, et le suivant, de voir sa vie transformée pour le restant de ses jours, conclut le Dr Marshall. Mme Delaney a travaillé très fort. Elle a progressé jusqu’à pouvoir reprendre les activités qu’elle aimait, retrouver sa famille et – c’est impressionnant – recommencer à enseigner à temps plein, ce qui est assez remarquable. »


Fièrement affilié à l’Université d’Ottawa, L’Hôpital d’Ottawa est un centre de recherche et de santé universitaire de premier plan.