Dr. Mark Clemons

Avec son sens de l’humour et sa vivacité d’esprit, le Dr Mark Clemons, oncologue médical à L’Hôpital d’Ottawa, a acquis une renommée enviable auprès des patients atteints du cancer, qui parlent régulièrement de l’effet positif de son approche unique sur leur cheminement.

Depuis 2009, l’Hôpital a la chance de compter dans ses rangs ce médecin natif du Royaume-Uni, où il a grandi et fait ses études.

En plus de s’occuper de patients atteints du cancer, le Dr Clemons est également chercheur clinicien à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa et directeur du Programme de reconception des essais cliniques (REaCT, pour REthinking Clinical Trials), qui contribue à lever les obstacles qui empêchent certains patients de participer à des essais cliniques.

Fidèle à lui-même, le Dr Clemons en a mis plein la vue avec sa personnalité unique lors de la compétition Danse avec les stars de la médecine en 2017, remportant le convoité Prix du bal de la médecine devant une salle comble de plus de 800 personnes.

Q : Quand avez-vous réalisé que vous vouliez devenir médecin et pourquoi avoir choisi l’oncologie?

R : Il n’y a pas eu d’illumination comme telle, mais si je repense à mes 30 années de pratique clinique, je ne crois pas que j’aurais pu faire autre chose. À mes yeux, ce qui fait la beauté de la médecine est que nous avons la chance extraordinaire de puiser dans une multitude de domaines, de la science fondamentale jusqu’aux disparités en santé dans le monde, en passant par la physiologie et la psychologie. De plus, l’oncologie nous montre régulièrement, et souvent de façon brutale, les épreuves que nous devons tous vivre en tant qu’êtres humains. Autrement dit, nous sommes toujours en présence de la joie, de la souffrance et de la mort. L’oncologie m’a offert la chance unique d’être un témoin et un acteur de l’existence humaine sous toutes ses formes.

Q : Vous êtes originaire du Royaume-Uni. Pourquoi avez-vous décidé de travailler à L’Hôpital d’Ottawa?

R : J’avais terminé mon doctorat et selon mon patron, «le meilleur emploi du monde» m’attendait au Royaume-Uni, mais j’ai réalisé que je ne voulais pas ce que tout le monde considérait comme «le meilleur emploi du monde». Un après-midi, j’ai vu une annonce qui disait «voulez-vous venir au Canada faire de la recherche sur le cancer du sein?». Je crois que la vie est faite d’heureux hasards et qu’il faut saisir les occasions de voyager quand elles se présentent. Trop de gens vivent toute leur vie dans la même ville, alors que la vie nous offre des expériences différentes ailleurs. Donc, je suis allé passer deux ans à Toronto. C’est là que le scénario inattendu et imprévu s’est produit : un garçon (anglais) rencontre une fille (canadienne). La jeune Canadienne explique au jeune Anglais que sa vie serait beaucoup plus belle et plus facile s’il faisait simplement tout ce qu’elle lui dit de faire. Après quelques emplois au Royaume-Uni, puis un retour à Toronto, cette chance extraordinaire de venir à Ottawa s’est présentée.

Q : Vos patients mentionnent régulièrement que votre personnalité et votre sens de l’humour les ont aidés à traverser des moments difficiles. Parlez-nous un peu de votre approche avec les patients.

R : Je crois que la personnalité et le sens de l’humour ne sont pas la même chose. Ma femme et mes enfants vous diront sûrement que je ne suis pas drôle. Ce ne sont pas tous les patients qui veulent entendre des blagues, mais tous les patients veulent être traités comme des êtres humains à part entière. Le fait est que la vie en général peut être plutôt drôle et que nous jouons tous ensemble au jeu de la vie. Comme me l’ont dit de nombreux patients au fil des années, «il faut rire pour ne pas pleurer». Ma philosophie consiste à ne pas être terrorisé devant le cancer, mais à accorder à la maladie le respect qu’elle impose, afin de pouvoir aider le patient et sa famille à tracer leur propre voie pour traverser cette période très difficile.

Q : Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui vient juste de recevoir un diagnostic de cancer?

Dr Mark Clemons.

R : Même si vous avez l’impression que votre monde vient de basculer, essayez de ne pas paniquer et renseignez-vous auprès d’une source crédible. Quand vous aurez les connaissances de base, vous serez beaucoup mieux placé pour prendre des décisions.

Q : En tant qu’oncologue, quelle est la percée la plus prometteuse que vous avez vue ces dernières années dans votre domaine?

R : J’exerce depuis plus de 30 ans et je suis fasciné en constatant à quel point la longévité et la qualité de vie des personnes atteintes du cancer se sont améliorées. Beaucoup de ces percées sont attribuables à la collaboration entre la santé publique et la médecine familiale autour d’enjeux comme l’abandon du tabagisme, les vaccins, l’hypertension et la gestion des risques cardiovasculaires, pour ne donner que quelques exemples. L’augmentation de l’âge moyen de nos patients pose de nouveaux défis, car nous devons prendre soin de patients atteints du cancer qui ont de plus en plus d’autres problèmes de santé non liés à cette maladie. C’est probablement ce qui m’a amené à vouloir réduire les effets toxiques de beaucoup de nos traitements.

Q : En plus de traiter des personnes atteintes du cancer, vous faites de la recherche dans des domaines que l’on qualifie de disparates, par exemple sur la planification de la retraite ou la qualité de vie des oncologues. Pouvez-vous décrire vos recherches à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa?

R : Je crois que c’est le reflet de ma personnalité, car je m’intéresse à tout un éventail de sujets et je suis très sensible aux réalités de la vie. Si la pandémie de COVID-19 nous a appris une seule chose, c’est bien toute la fragilité de la «condition humaine». Selon moi, il ne faut jamais oublier que nous avons tous une espérance de vie limitée, que la durée de notre vie en bonne santé est variable et qu’en définitive, ce sont nos amis et notre famille qui enrichissent le plus notre vie. Pour paraphraser des penseurs beaucoup plus brillants que moi, «personne, sur son lit de mort, ne regrette d’avoir passé plus de temps au travail». Je remets constamment en question les dogmes et je trouve aberrant que l’on fasse les choses d’une certaine façon uniquement parce que cela a toujours été ainsi. Personnellement, les sentiers battus ne m’intéressent pas. Je préfère dire à un patient que je n’ai pas la réponse à sa question, mais que je vais tenter de la trouver. L’incapacité de vivre avec le doute complique encore la vie de beaucoup trop de gens. Je devrais peut-être ajouter ça à ma liste des faiblesses humaines!

Q :Qu’est-ce qui a mené à la création du Programme de reconception des essais cliniques (REaCT) à L’Hôpital d’Ottawa?

R : C’est que nous avons réalisé que même si le cancer est maintenant la principale cause de décès prématurés dans le monde, la quantité d’études dont les résultats peuvent être appliqués concrètement ne cesse de diminuer. De plus, les participants des études, qui sont sélectionnés de façon très stricte, ne représentent habituellement pas la réalité des patients que nous voyons en pratique clinique. C’est en partie en raison des règles d’admission aux essais cliniques, qui tendent à favoriser les patients plus jeunes, plus riches et en meilleure condition physique que ceux que nous voyons. Nous en avons conclu qu’en faisant participer nos patients et leur famille aux types d’études qu’ils veulent que nous réalisions, nous pourrions faire des recherches qui se répercutent vraiment sur les soins aux patients. Ensuite, en mettant au point des essais cliniques dont les critères d’admissibilité sont moins restrictifs grâce au programme REaCT, nous pourrions faire de la recherche qui transformerait vraiment les pratiques. L’Hôpital d’Ottawa est l’endroit idéal pour diriger un tel programme, parce qu’il sert une grande population, en plus d’offrir d’excellentes infrastructures pour les essais cliniques et la synthèse des connaissances, sans oublier les ressources du Centre de méthodologie d’Ottawa, qui permettent de réaliser ces études. Le programme REaCT est l’un des outils qui nous permettent de remettre en question les dogmes en nous demandant : «Pourquoi faisions-nous ainsi? Quelles sont les données probantes?»

« Je suis si heureuse d’avoir pu participer à cet essai. »

— Gina Mertikas-Lavictoire

Q : Comment le soutien de la communauté fait-il avancer la recherche sur le cancer?

R : Il y a une foule d’idées formidables à explorer, mais sans financement, il n’y a rien à faire. La philanthropie, au sens le plus large, est le désir de contribuer au bien-être d’autrui : ce n’est ni plus ni moins qu’un élément essentiel de la condition humaine.